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Les
almanachs français
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Le but de cette étude n'est pas de faire l'inventaire des almanachs. Qui d'ailleurs pourrait le faire sans en oublier ? Nous allons, plus modestement, essayer de voir ensemble comment ils ont pu évoluer au fil des siècles. Et nous nous limiterons volontairement à la France et aux almanachs imprimés. Pour faire, au mieux, le tour du sujet, nous allons nous poser quelques questions : - Qu'est
ce qu'un almanach ? Quel est son contenu ? et, bien entendu, d'un siècle à l'autre. Mais, auparavant, commençons par un phénomène qu'il n'y a aucune raison de passer sous silence. LES ALMANACHS SONT A L'ORDRE DU JOUR Non, ce n'est pas parce que Pierre Bellemare vient de sortir le sien. Un simple coup il à ce bouquin suffit largement à établir qu'il est tout ce que l'on veut sauf un almanach. Non, c'est à cause de ce que je viens de lire sur le Net et que je vous livre tel quel :
J'avoue que je n'ai pas vérifié les sources de cette information qui reléguerait les almanachs au rang des armes de destruction massive. Je n'ai pas vérifié parce que je m'en moque éperdument. Puisse un jour le FBI s'occuper avec la même ardeur des centaines de spams et autres mails porteurs de virus qui viennent des US et empoisonnent nos messageries. QUELLE
EST L'ORIGINE DU MOT ALMANACH ? Cette origine est très controversée parce qu'incertaine. La neuvième édition du dictionnaire de l'Académie Française nous dit : "ALMANACH (ch est muet mais se prononce k en liaison) n. m. XIVe siècle, anemallat. Emprunté du latin médiéval almanachus, " calendrier ", d'origine arabe." C'est la première fois qu'une édition du dictionnaire de l'Académie donne l'étymologie du mot. Cette origine arabe daterait du XIII ème siècle. Elle serait soit al-mankh (calendrier du ciel ) soit al-manah (la prochaine lune). On parle
aussi d'une origine syriaque I-manhac qui se traduit par an
prochain. QUE
CONTIENT UN ALMANACH ? En 1791, Léditeur canadien Samuel Neilson décrit ainsi la composition des almanachs canadiens de son époque : "Les matières qui doivent composer un Almanac ont toujours varié dans tous les païs, et semblent en quelque sorte arbitraires ; cependant tout le monde convient quil doit consister principalement dun Calendrier pour la mesure du tems, lequel dépendant du mouvement des astres, fait consister un Almanac autant de la science de lAstronomie quil est nécessaire pour régler les affaires humaines. Mais cette institution semblable à la plupart des autres, a été de tems à autres jugée susceptible damélioration, et lon a cru que lon pourroit procurer au public un avantage particulier, en rendant son utilité plus étendue, ce qui est depuis devenu lobjet commun des Editeurs et acheteurs. LAstronomie, autant quelle concerne la mesure du tems, formant le fond dun Almanac, les objets relatifs à cette science, sous un point de vue plus étendue, et poursuivis par dautres motifs, en ont très à propos formé le second sujet, qui nest pas la partie la moins intéressante dun Almanach. On a approprié très judicieusement une autre partie à des objets dune utilité publique, tels que de courtes esquisses de vérités politiques, morales et scientifiques. On a aussi introduit de tems à autres des objets de simple amusement. Dans la plupart des païs les Almanacs ont servi dune espèce de régistres publics, contenant les noms des fonctionnaires publics de toutes dénominations du païs où lon se proposoit de les faire circuler. Et enfin les objets dune importance locale relatifs principalement aux affaires publiques de ce païs." Cette description peut parfaitement être celle des almanachs français. Pour résumer, un almanach : 1) doit obligatoirement comporter le calendrier de l'année à venir. Cette année est l'année tropique et l'almanach débute au premier jour de cette année. C'est pour cette raison que l'Almanach de Pierre Bellemare n'a de l'almanach que le nom. Ce calendrier, noyau obligatoire de l'Almanach, est dans la plupart des cas accompagné d'un éphéméride sur lequel figurent les positions du Soleil (lever, coucher...) et de la Lune (lever, coucher, phases...), les dates des éclipses, etc. 2) Peut contenir d'autres informations aussi variées que nombreuses. Elles tiennent certainement des modes et pôles d'intérêt de l'époque. Elles sont aussi un peu l'image de marque de tel ou tel almanach. C'est ainsi qu'on va y trouver des indications météorologiques, agricoles, médicales, culinaires, des maximes, des bons mots, des informations pratiques comme les dates et heures des marchés, fêtes, foires, lieux et heures de départ des courriers ou des diligences, etc. On va même pouvoir y trouver, écrites ou pas, des informations sur l'année... écoulée. Il faut bien le comprendre, les almanachs ne sont pas apparus par hasard. Ils sont le fruit d'un besoin, celui d'apprendre. Les almanachs vont devenir, à partir des XV ème-XVI ème siècles, les instruments essentiels de la popularisation et de la vulgarisation du savoir. Ils vont aider le commun des mortels à s'y retrouver dans un calendrier "classique" qui ne manque pas de complexité, durée des mois de l'année, lettre dominicale, jour des principales fêtes, calcul de la date de Pâques. Il ne faut pas oublier que, jusqu'au premier quart du XVI ème siècle, les jours de l'année ne sont pas systématiquement numérotés. De plus, les calendriers permanents couvrent plusieurs années et les almanachs vont aider à la compréhension en se limitant à une période fixe et "naturelle" qui est l'année civile. On peut ajouter à ce besoin de comprendre le calendrier celui, à une époque où on se fait pas trop la différence entre astronomie et astrologie , de savoir ce que va être l'année suivante sur le plan météorolo-astronomico-astrologique. C'est de ce second besoin qu'on voit apparaître en France au XVI ème siècle des almanachs prophétiques contenant des prédictions astrologiques, appelées pronostications. Voyons-en deux exemples : Les pronostications de Nostradamus
Nostradamus, qu'on ne présente plus, va s'adonner de 1550 jusqu'à sa mort, à la fabrication d'almanachs. "Lastrophile prend le pas sur le médecin. Sans toutefois renier lart de quelques « exquises receptes », dont celles « de diverses façons de fardements et senteurs » et « de la manière de faire confitures de plusieurs sortes », publiées pratiquement en même temps que les premières prophéties. Celles-ci tiennent en quatrains énigmatiques groupées par centaines (les Centuries). Lédition de 1555 contenait les trois premières et cinquante-trois quatrains de la quatrième" source : Encyclopedia Universalis. Les centuries
vont le rendre célèbre au point qu'il devient en 1564 le
médecin de Charles IX à la demande de Catherine de Médicis.
Ses textes, parfaitement hermétiques, font encore de nos jours
l'objet d'interprétations les plus folles. Les pronostications de Rabelais
C'est en 1532 que Rabelais va composer la Pantagruéline Prognostication pour l'an 1533 , parodie de lastrologie divinatoire dont je ne résiste pas à l'envie de vous livrer quelques passages : A commencer
par le titre "Pantagrueline Prognostication. Certaine, veritable
& infaillible pour l'an perpetuel. Nouvellement
composée au prouffit & advisement de gens estourdis & musars
de nature, Par maistre Alcofribas,architriclin dudict Pantagruel.
" Quelques mots sur les éclipses : "Ceste année seront tant d'ecclipses du Soleil & de la Lune que iay peur (& non à tort) que noz bourses en patiront inanition & nos sens perturbation. Saturne sera retrograde. Venus directe. Mercure insconstant. Et un tas d'aultres planètes ne iront pas à vostre commendement." D'autres sur la santé : "Ceste année les aveugles ne verront que bien peu, les sourdz oyront assez mal: les muetz ne parleront guières: les riches se porteront un peu mieulx que les pauvres, & les sains mieulx que les malades. Plusieurs moutons, boeufz, pourceaulx, oysons, pouletz & canars, mourront & ne sera sy cruelle mortalité entre les cinges & dromadaires. Vieillesse sera incurable ceste année à cause des années passées." L'influence des astres sur les individus ; "Et premierement des gens soubmis à Saturne, comme gens despourveuz d'argent, ialoux, resveurs, mal pensans, soubsonneux, preneurs de taulpes, usuriers, rachapteurs de rentes, tyreurs de rivetz, tanneurs de cuirs, tuilliers, fondeurs de cloches, composeurs d'empruns, rataconneurs de bobelins, gens melancholicques, na'uront en ceste année tout ce qu'ilz voudroient bien, ilz s'estudiront à l'invention saincte croix, ne getteront leur lart aux chiens: & se grateront souvent là où il ne leur demange poinct." Et, pour terminer notre lecture, quelques mots sur l'automne : "En automne l'on vendengera, ou d'avant ou après ce m'est tout un pourveu que ayons du piot à suffisance." Si vous voulez lire tout le texte, c'est ici. On sait le succès que vont avoir les astrologues qui continuent à sévir encore de nos jours, et bien ailleurs que dans les seuls almanachs. Même si, en 1682, une déclaration de Louis XIV les menace de bannissement. Les astrologues de "première génération" comme Nostradamus et Rabelais, eux, disparaissent vers la fin de la première moitié du XVII ème siècle. Les étrennes On peut aussi ajouter au nombre des almanachs un certain nombre de publications de petite taille (in-32) offertes le premier jour de lan avec adjonction d'un calendrier.
DE QUAND DATE LE PREMIER ALMANACH IMPRIME FRANÇAIS? Il est difficile de répondre précisément à cette question. En effet, nous avons vu que les almanachs sont nés de l'expression d'un besoin et il est certain qu'ils n'ont trouvé leur forme définitive (éphémérides + renseignements usuels) que progressivement. On considérera donc que tel ou tel almanach est le premier selon le contenu qu'on considère qu'il doit avoir. Si on en croit Emile Beaumont, les plus anciens almanachs imprimés seraient Le Praktic avec souhaits de Nouvel an (1454) dont j'avoue ne pas savoir s'il est d'origine française et L'Armenac des Barbiers (1464) édité à Troyes. Parmi ces premiers almanachs, il en est un sur lequel nous allons nous pencher, même s'il ne porte pas le nom d'almanach, parce que sa renommée est à l'égal de sa longévité, le Compost et calendrier des bergers. Le
Compost et calendrier des bergers Pourquoi étudier le Grand calendrier et compost des bergers (nous l'appellerons ainsi quel que soit l'année de diffusion) plutôt qu'un autre ? Tout simplement parce que c'est un des premiers et que sa longévité fait qu'il est un peu LA référence si on veut comprendre ce qu'était un almanach. Malgré quelques variantes, il va rester toujours fidèle à lui-même. Nous nous pencherons particulièrement sur deux parutions : celle de 1508 et celle de 1640 (?) pour, éventuellement, la comparer à la première. Le Grand calendrier et compost des bergers a vu le jour à Paris en 1491 chez Guy Marchand. Malgré de nombreux changements d'éditeur ( Marchand, Barnalin, Anoullet, Cauterel, Bonfons...), de lieu d'édition (Paris, Lyon, Troyes), de nom ( Cy est le kalendrier des bergers 1491, Kalendrier des bergers 1493, Compost et kalendrier des bergers 1496, Le Kalendrier et Composte des bergiers 1503, Le Grant Calendrier et Compost des bergiers 1518... Calendrier des bergers 1633), il va traverser les ans et être diffusé jusqu'au milieu du XVIII ème siècle. Feuilletons notre version
Si on
devait diviser l'ouvrage en grandes parties, nous en ferions deux : Le Grand calendrier et compost des bergers ne s'adresse pas plus aux bergers que notre actuel almanach du facteur ne s'adresse aux facteurs. Les bergers du titre sont tout simplement, de part leurs prétendues connaissances du ciel et de la nature, les inspirateurs des textes et non pas ses lecteurs. Insparateurs, non pas de par une connaisance "savante" mais de pur bon sens comme ne manque pas de la rappeler chaque préface (qui, habituellement, est en tête d'ouvrage et non pas après le comput comme dans cette version) qui commence ainsi : "Un berger gardant brebis aux champs qui était clerc nullement et qui avait aucune connaissance des écritures mais seulement par son bon sens naturel et bon entendement et vivait ainsi..." La préface du calendrier est en fait une double préface, la première étant due à l'auteur du comput, la seconde étant celle du"maitre bergier" qui nous explique que l'homme vit 72 ans et que chacun des mois (six ans) de l'année (72 ans) de l'homme est analogue aux mois de l'année civile. Suit une comparaison entre mois de l'année et "mois de l'homme" On constate que la couverture ne comporte aucune date. Etonnant pour un ouvrage qui paraît tous les ans. Ce qui porte à penser que le comput serait plutôt un calendrier perpétuel qu'un vrai calendrier annuel. Comprendre le comput ecclésiastique Regardons une des pages de ce calendrier qui est celle d'un mois avec la liste des saints.
Grosses différences entre la page de gauche et la page de droite. Il faut bien reconnaître qu'elles sont toutes deux assez complexes. Du moins pour nous qui ne sommes plus habitués au calendrier liturgique. Et, comme en plus, elles renvoient à des tables par une série de lettres (de a à z ) et de signes (& et ') à droite des deux pages, c'est d'autant plus difficile à déchiffrer. Ces tables ont pour but, notamment, de déterminer dans "quelle figure est la lune" qu'il faut traduire par "quel est le signe zodiacal de la Lune". C'est ce signe de la Lune qui va fixer les règles de la médecine astrologique de l'époque. Remarquons tout de même que dans le calendrier de droite, postérieur à la réforme grégorienne, on voit apparaître la notion d'épacte. Mais la différence principale est ailleurs : dans le calendrier de gauche, nous sommes en plein dans un sanctoral pur et dur. La seule manière de connaître un jour est de savoir quel est le nom du saint de ce jour. Pour preuve, la place prise par les figures à droite de la page qui, au dessus et au dessous du signe zodiacal du mois (ici, la vierge) indiquent les fêtes solennelles du mois en cours (St Pierre, St Laurent, Assomption, St Barthélemy, Décollation de St Jean-Baptiste). A droite, au contraire, on voit apparaître le décompte des jours qui va, peu à peu, entrer dans les murs au point de nous sembler, de nos jours, indispensable. En revanche, ce qui est commun à ces deux calendriers des bergers, concernant le comput, est une forte volonté de vulgariser et d'expliquer. C'est ainsi que ,dans l'un comme dans l'autre, on va trouver des moyens mnémotechniques pour retenir les fêtes (on le voit en bas du calendrier de droite sous le titre Pour trouver les fêtes), le cycle solaire ou la lettre dominicale.
Interpréter le monde au travers des relations de l'Homme avec la Lune, le zodiaque et les planètes. Vont suivre ensuite quelques pages sur les éclipses de Soleil et de Lune qui précèdent de nombreuses pages consacrées à l'Arbre des vices. Chaque page est ornée des branches de l'arbre du vice figuré sous forme de tiges à plusieurs rameaux. Puis ce sera le tour de la description des peines d'enfer présentées sous forme de gravures accompagnées d'un texte d'après Lazare.
Les vertus vont aussi avoir droit à leur arbre avec explications sur les caractéristiques de chacune. Puis, c'est au tour d'une planche anatomique dont le texte qui l'accompagne explique avec détails où et quand pratiquer les saignées. On découvre l'influence majeure de la Lune sur la médecine pratiquée.
Viennent enfin les chapitres prophétiques qui commencent par "les signes par lesquels les bergers connaissent l'homme être sain et bien disposé en son corps". et se termineront par un traité d'astrologie qui nous donne le caractère des enfants nés sous tel ou tel signe du zodiaque non sans être passé par des prescriptions vestimentaires en fonction des mois "Régime pour le printemps, mars, avril, et mai. Au printemps bergiers se tiennent assez bien vêtus d'habillements ni trop froid ni trop chaud, comme de tyretaine, pourpoins de futaine, robes moyennement longues...". D'autres
almanachs que le Grand
calendrier et compost des bergers
iront beaucoup plus loin dans les prophéties. Ainsi, La Nature
cite un Almanach pour l'an de grâce 1686, par M. Claude Ternet-Champenois
dans lequel on peut lire des prévisions météorologiques
comme Mardi
22 janvier, St Vincent...Temps pluviuex quand ce n'est pas Mercredi
27 mars Jean d'Eg... Procès gagné Maintenant que nous connaissons un peu mieux le Grand calendrier et compost des bergers, peut-être pouvons-nous répondre à la question suivante : qu'est-ce qui a fait la popularité et le longévité de cet almanach ? C'est un almanach qui semble fait par un homme simple, un homme "du peuple" pour des hommes qui lui ressemblent en répondant à leurs questions quotidiennes, comment comprendre la Nature, comment en tirer des enseignements, comment accéder à une vie harmonieuse et enracinée dans le bon sens, comment me soigner, comment éduquer mes enfants en fonction des influences des astres... Bref, les recettes simples d'un succès populaire. LE FORMAT DES ALMANACHS
Au fil des siècles, l'almanach va connaître un peu tous les formats de in-4 à in-32. On verra même quelques formats "gadgets" plus petits. Une chronologie des formats, qui vaut ce qu'elle vaut, ferait ressortir un format initial in-4, puis vers 1750, des formats plus petits du genre in-24 et in-32. Il semble que, sous son règne, Louis XIV ait fait plus ou moins main basse sur le format in-4 qui était plutôt réservé aux publications officielles ou semi-officielles. Vers le milieu de la première partie du XVII ème siècle, on va voir fleurir un nouveau style d'almanachs contenant des prédictions de toutes sortes qui vont bien au delà d'une traditionnelle astrologie naturelle mettant l'homme en relation avec la nature au travers du zodiaque et de la météorologie. Cette fois les prédictions, sous la plume d'auteurs qui se prétendent autant mathématiciens qu'astrologues, touchent à la santé, aux guerres et autres divinations qui se dissimulent derrière un langage pseudo-scientifique. C'est ainsi qu'on va voir apparaître en 1637 les prédictions theurgiques pour dix huit années calculées sur notre vrai climat, le pole étant élevé de 49 degrés, 50 et 6 minutes. le tout supputé selon la doctrine plus secreute d'astrologie des anciens Arabes Astrologues et Cabalistes Hébreux. par M Eustache Noel, curé de Sainte Marthe, Professeur es sciences divines et celestes. Selon John Grand-Carteret auteur de Almanachs Français (bibliographie des almanachs de 1600 à 1895), l'auteur, dans une préface dit que la science astrologique, "vrai don de Dieu, est certaine netre toutes les autres, et la connaisance d'icelle nécessaire, spécialement au Médecin, pour methodiquement procéder à la cure et à la guerison des malades, discerner en quel temps il est bon ou mauvais de prendre medecine, user de sections de veines, et en quel temps il est périlleux". Sans mauvais jeu de mots, L'almanach historial pour 1636 sera de la même veine. Son auteur se dit cette fois très renommé supputateur des éphémérides cellestes et, pour faire bonne mesure disciple de Maitre Eustache Noel. Ni le Roi pour des raisons politiques ni l'Église qui les considère comme une atteinte à la providence divine ne voient ces almanachs d'un bon il. Le Roi fait donc publier en 1679 La Connaissance des Temps qui ne va contenir que des données purement mathématiques et astronomiques à la façon d'un éphéméride. Puis, va suivre l'édit de 1682, dont nous avons déjà parlé, qui précède l'Almanach Royal publié pour la première fois en 1699. Ce dernier va reprendre un calendrier du genre Connaissance des Temps, la nomenclature des grands corps de l'État au point de compter près de 500 pages de noms. Cet almanach vivra 93 ans jusqu'en 1792. Mais c'est à un autre Almanach Royal que nous allons nous intéresser. Il est aussi quelquefois appelé almanach parisien ou almanach mural et est d'un format inusité puisque sa taille est de 50 cm de large sur 80 cm de haut. Il va être édité entre 1661 et 1715. L'Almanach mural du temps de Louis XIV Voyons-en un exemplaire et penchons nous sur sa conception et son contenu. La conception
La plus grande partie de l'almanach est une estampe obtenue par impression en taille-douce (Le papier et une plaque de cuivre gravée enduite d'encre sont pressées entre deux rouleaux. La gravure apparaît alors sur le papier). L'almanach
est censé relater les grands événements de l'année
précédente et, de ce fait, peut bien porter le nom d'almanach. La taille des plaques de cuivre de l'époque étant de 50X40, deux plaques étaient mises bout à bout pour obtenir le format désiré. En y regardant de près, on distingue sur l'image, dans le cadre rouge, la marque séparant les deux plaques. Ce raboutage
des plaques avait un double avantage : La taille-douce demandait beaucoup de temps et les plaques de cuivre commençaient à être gravées au burin plusieurs mois avant la fin de l'année. Le risque étant de manquer de faire référence à une événement important dans les derniers mois de l'année, des cartouches (entourés d'un cercle vert sur l'image) étaient laissés vierges le plus tard possible et complétés juste avant l'édition du calendrier par des vignettes gravées à l'eau forte moins chronophages. Le nom des différents personnages, pas forcement très ressemblants, est indiqué (au bout des flèches jaunes) sur l'estampe elle-même. Quant au calendrier proprement dit, il trouvait sa place dans une partie de l'estampe (intérieur du cadre jaune sur notre image). Lui aussi était typographié ou collé au dernier moment. Il indiquait les cycles lunaires, jours de la semaine et fêtes des saints. Un peu à l'image de notre calendrier des postes, plusieurs thèmes étaient disponibles chaque année. Ce qui nous amène à nous pencher sur le contenu de ces thèmes. Le contenu Ce qui est certain, c'est que ces estampes constituent des almanachs de propagande. Les thèmes représentés tournent autour d'un seul personnage : Louis XIV. En quelques mots qui sonnent comme le titre d'un livre, c'est Louis XIV, sa vie, son uvre. Quand on sait que le gravure en taille-douce permettait un nombre important de tirages, que jusqu'à six thèmes par an étaient créés, que les graveurs étaient surveillés comme le lait sur le feu par la police royale, que l'estampe, de par sa nature touchait aussi bien les paysans que les nobles ou les bourgeois, que sa taille la prédisposait à un affichage sur un mur, on peut s'imaginer aisément le poids et l'impact de la propagande dans un almanach royal. Tous azimuts et quotidien. Mais ne voir dans ces almanachs qu'un formidable outil de propagande c'est le regarder par le petit bout de la lorgnette. Il représentait bien plus pour le tout un chacun de l'époque. Comme nous allons le découvrir au travers de quelques almanachs royaux, ces derniers étaient aussi bien who's who, article de mode, de décoration intérieure, d'histoire, de vie quotidienne, de politique ou d'architecture.
Il arrive même qu'on assiste à la parution de numéros spéciaux comme ce faux almanach 1701 intitulé Histoire générale du siècle et qui rappelle en dizaines de vignettes les principaux événements du siècle écoulé. Au premier plan trônent côte à côte Henri IV, Louis XIV et Louis XIII alors que le pape figure en arrière-plan. L'emplacement réservé habituellement au calendrier est occupé par L'Explication historique de tout le sujet. QUI VENDAIT LES ALMANACHS ET A QUI Qui donc peut mieux nous dire à qui étaient destinés ces calendriers que John Grand-Carteret dont nous avons déjà évoqué le nom. Dans la préface de son énorme bibliographie, il écrit : " L'almanach, la véritable Bible de l'humanité ; l'almanach, le livre multiforme qui a revêtu tous les aspect, pris tous les formats, tantôt instrument de propagande et de vulgarisation, tantôt petit bijou de luxe ; ici, à l'usage des gens de campagne, là, pour les galants abbés et les coquettes marquises [...] l'almanach qu'on a pu appeler, avec raison, le seul livre dans lequel puissent épeler les gens qui ne savent pas lire. " Voilà qui est clair, il existe toujours quelque part un almanach qui puisse être consulté par quelqu'un avec profit, désir de s'instruire ou simple plaisir. L'almanach atteint toutes les régions et toutes les couches sociales. Sa diffusion tous azimuts est largement due au fait qu'il constitue une partie du fond de commerce des colporteurs qui vont sillonner la France à partir du XVII ème siècle. Ce nom de colporteur viendrait, selon Jean-Noël Lallemand, historien et éditeur, soit du fait que le colporteur porte avec lui toute sa marchandise (com-porteur), soit, plus probablement de part la boîte qu'il porte autour du cou (col-porteur). Et, lors d'une conférence qu'il a faite en 1997 sur le sujet, Jean-Noël Lallemand ajoute : "A l'époque "classique" du colportage, Auvergnats, Alpins, Normands ou Commingeois, seront appelés merciers, gagne-petit ou porte-balle, du nom de la hotte qu'ils portent sur le dos. Cette boutique ambulante est faite d'osier ou de bois, comporte ou non des tiroirs, et contient tout leur stock : fil, aiguilles et passementerie, bien sûr, mais aussi poudre d'encre, bijoux fantaisie, papeterie et médailles pieuses, objets de piété, coutellerie, estampes et almanachs." On retrouve dans nos almanachs en bonne place dans ce bric à brac hétéroclite au côté de livres à bon marché de la Bibliothèque bleue qui doit son nom à la couverture bleue dont l'affuble son éditeur de Troyes.
A la Révolution et plus tard les almanachs vont aussi être diffusés en librairie et faire l'objet d'une publicité par affiche annuelle placardée à l'entrée ou dans les boutiques.
EN GUISE DE CONCLUSION A l'époque de leur splendeur, les almanachs étaient une véritable institution et gare à ceux qui osaient y toucher, à commencer par l'éditeur. Pour preuve l'article qu'on peut lire dans l'ancien journal scientifique La Nature sous la plume d'un chroniqueur anonyme : "Il est à remarquer que les acheteurs aiment à retrouver chaque année, dans leur almanach habituel, le même aspect, et pour ainsi dire les mêmes imperfections. On cite à ce sujet un fait curieux : On sait que les almanachs liégeois de Mathieu Laensberg sont d'affreux petits livres de format incommode, imprimés sur de gros papiers rugueux avec des caractères en tête de clous. Or, une année, les éditeurs de ces almanachs voulurent les améliorer, les imprimer sur papier ordinaire, avec des caractères neufs ; à leur grand étonnement, la vente fut pour ainsi dire nulle. Ce n'est pas notre almanach disaient les acheteurs habituels, et il fallut de suite faire une nouvelle édition sur papier à chandelle, imprimée avec les anciens caractères à tête de clous." Quel quotidien qui veut booster ses ventes n'est pas arrivé au même constat ? En guise de conclusion, laissons une dernière fois la parole à John Grand-Carteret et lisons ce qu'il écrivait en 1896 : "L'almanach tel que le concevaient nos pères, l'almanach que recueillent aujourd'hui, pieusement, les amoureux des élégances passées, semble avoir à jamais disparu, et c'est l'annuaire qui a profité de tout le terrain par lui. " Pas si sûr ! Certains almanachs existent encore, qu'ils soient Vermot, du Vieux Savoyard ou du Vieux Dauphinois.
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