![]() |
|
|
Petite
histoire de l'heure d'été
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
En guise d'introduction Si nous prenons le calendrier des Postes 2005 (Almanach du facteur pour appeler les choses par leur nom) , nous trouvons plein d'indications, jours fériés, phases de la Lune, vacances scolaires, données du comput, levers et couchers du Soleil et de la Lune... Mais rien, pas un mot sur les dates de changement d'heure. A croire que l'indiction romaine (qui n'est strictement d'aucune utilité) est plus importante que ces deux changements d'heure annuels. Et pourtant, il est important ce changement d'heure. Il nous fait, deux fois par an, partir à la recherche de tout ce qui ressemble à une horloge pour remise à l'heure. Il fait couler beaucoup d'encre. Il y a ceux qui sont pour, il y a ceux qui sont contre. Nous allons, dans cette page, essayer de suivre l'histoire de ce qui semble être devenu une tradition et, essayer de savoir pourquoi elle est née et pourquoi elle existe encore. En revanche, nous nous garderons bien de prendre position pour ou contre, même si certaines constatations entraînent des conclusions claires. Nous allons particulièrement suivre l'histoire de "l'heure d'été" en France mais nous dirons aussi quelques mots sur son histoire dans d'autres pays. Une idée très ancienne.Cette idée date de 1784. Elle est de Benjamin Franklin et exposée de manière un peu fantaisiste sous forme de lettre envoyée par Franklin au Journal de Paris qui la publie le 26 avril 1784.
Cette "lettre" est, à l'origine, la partie d'un discours plus sérieux intitulé An Economical Project et dont le sujet traite des économies d'énergies naturelles. Il en réécrit une partie par amitié pour Antoine Alexis-Francois Cadet de Vaux, éditeur du Journal de Paris qui souhaite que le sujet soit abordable par ses lecteurs. Il commence en décrivant la démonstration à laquelle il avait assisté la veille d'une nouvelle lampe à huile. Il relate la discussion qui s'en était suivie à propos du rapport huile consommée/lumière produite. Le sujet en tête, il entre chez lui et s'endort vers 3-4 heures du matin. Un bruit le réveille vers 6 heures et il s'étonne d'une grande clarté dans sa chambre. Il pense d'abord à ces fameuses lampes éclairant sa chambre mais constate, en fait, que ce sont les rayons du Soleil levant qui pénètrent dans la pièce. La lecture d'un almanach lui confirme que le Soleil se lèvera encore de plus en plus tôt jusqu'à fin juin. "Cet événement me fit penser à des choses plus importantes et plus sérieuses. Si je n'avais pas été éveillé si tôt le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du Soleil, et, par contre, aurait passé six heures la nuit suivante à la lumière des chandelles." Et il poursuit : " En partant du principe qu'il y a 100 000 familles à Paris et que ces familles consomment la nuit 1/2 livre de bougies et chandelles par jour... En estimant de 6 à 8 heures la durée moyenne entre l'heure de lever du soleil et la nôtre... il y a donc 7 heures par nuit pendant lesquelles nous brûlons des bougies, on en arrive au décompte suivant : En
six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits. 7 heures
par nuit d'utilisation de bougie. La multiplication donne 1 281 heures.
Ces 1 281 heures multipliées par 100 000 donnent 128 100 000. Bref, Franklin conclut par "...une immense somme que la ville de Paris pourrait sauver chaque année !" Non, la conclusion, c'est " les gens sont obstinément attachés à leurs vieilles traditions et il sera difficile de les amener à se lever avant midi". Mouais. Il fréquentait qui, Franklin ? Et il propose des solutions : 1) Taxer d'un louis par fenêtre les habitants qui laissent leurs volets fermés. 2) Bougies rationnées à une livre par famille par semaine. 3) Policiers chargés d'arrêter la circulation après le coucher du Soleil exceptée celle des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes. 4) Chaque matin dès que le Soleil se lèvera, cloches d'église et, au besoin, canon informeront l'ensemble des habitants de l'arrivée de la lumière. Remplaçons le bruit de canon par celui d'un réveille-matin avancé de quelques heures et l'heure d'été est bien née. Notons, tout de même , que Franklin avait pour projet de réveiller les gens plus tôt et non pas de décaler les heures des montres et horloges. L'idée, sans les loufoqueries (encore, qu'actuellement, il faille se méfier des loufoqueries de nos gouvernants français), fut reprise en 1907 par un certain William Willett (1857-1915), entrepreneur anglais. Son idée à lui fut bien d'avancer et retarder les montres. Dans une brochure intitulée Waste of Daylight ("Gaspillage de la lumière du jour"), il explique le processus. Le décalage devait se faire durant 4 dimanches, à 2 heures du matin, en avril (avancer les montres) et et septembre (reculer les montres) à raison de 20 minutes chaque dimanche. Willet explique le choix de 2 heures du matin par le fait que c'est l'heure qui dérange le moins la circulation des trains. Son but était double : - Passer ses loisirs à la lumière du jour. Sans compter ses six premières années, un homme gagnerait une année de "jour" à 28 ans, 2 à 50 ans et 3 à 72 ans. - Et, surtout et encore une fois, économiser l'énergie destinée à produire l'éclairage artificiel. Willett l'estime, déduction faite de la perte de profit des fournisseurs, à £ 2 546 834 pour la période avril-septembre de chaque année. Économie
d'énergie. Passer plus de temps, pendant qu'on est éveillés, à la lumière du Soleil était le but aussi bien de Franklin que de Willet. Alors, regardons un peu ce qui va se passer en France pour 2005.
Il est bien évident qu'entre le 27 mars et le 30 octobre, nous allons perdre de l'ensoleillement durant les premières heures du matin et les gagner le soir. Pour être précis, la durée d'ensoleillement sera toujours identique pour un même jour, heure d'été ou pas, mais il y a de fortes chances que cette période corresponde à celle durant laquelle nous sommes éveillés. Et nos soirées avant le coucher ont aussi des chances de moins se passer sous la lumière artificielle et plus à la clarté du Soleil. Mais, il ne semble pas que la bronzette ait été le but réel de Franklin ou Willet. Il était plutôt d'économiser, pour l'un des chandelles, pour l'autre du charbon producteur d'électricité. Et, plus tard, du pétrole. Mais, maintenant ? Maintenant que notre électricité est pratiquement d'origine 100 % nucléaire, que veut-on nous faire économiser ? Ah, si !! Peut-être de l'essence, du super ou du gas-oil en roulant moins longtemps à la lumière des phares qui, paraît-il, augmente la consommation des voitures ? Ne pas rouler les phares allumés, ça ne vous dit rien ??? Il n'empêche que si nous nous rendons sur le site du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie ici, on lit toujours la même chose : "L'heure d'été a été instituée en France en 1975 suite au choc pétrolier de 1974 avec l' objectif d'effectuer des économies d'énergie en réduisant les besoins d'éclairage notamment en soirée. On estime aujourd'hui à 250 000 tonnes d'équivalent pétrole (tep) les économies d'énergie annuelles résultant de la mise en uvre du régime de l'heure d'été dans notre pays." Vrai ? Faux ? Notre but, ici, n'est pas de prendre position mais je vous conseille quand même la lecture très édifiante d'un rapport d'une Délégation du Sénat pour l'Union européenne qui date de 1997 et qu'on peut trouver ici. La conclusion en est : "Il ressort de l'ensemble de cette étude que les avantages annoncés ou attendus du changement semestriel de l'heure ne sont pas suffisamment importants pour compenser les inconvénients ressentis par les populations. En conséquence, la logique conduit à souhaiter l'abandon de ce dispositif artificiel et de revenir à un déroulement plus naturel du temps..." Ah bon ? Heure d'été - heure d'hiver : la meilleure formulation ? Nous disons "heure d'été", pourquoi pas ? Mais pourquoi baptiser "heure d'hiver" ce qui n'est qu'un retour à la normale. En fait, on entre dans l'heure d'été et on sort de l'heure d'été. Notons d'ailleurs une bonne fois pour toutes que notre "normale" est en fait "anormale" puisque l'heure légale d'hiver est déjà, en France, avancée d'une heure par rapport à l'heure UTC du méridien sur lequel nous sommes. D'où une définition alambiquée du temps légal dans un décret du 9 août 1978 qui stipule que "le temps légal est obtenu en ajoutant ou en retranchant un nombre entier d'heures au temps universel coordonné". Limpide. Les anglicistes, eux, disent Daylight Saving Time qu'on peut traduire, vaille que vaille, par temps de jour (clarté) sauvé. Pour ma part, je préfère les formulations simples et parlantes de heure normale - heure avancée. On sait au moins ce qu'est la normale et, ce qui n'est pas rien, dans quel sens il faut tourner les aiguilles des montres deux fois par an. Bien qu'on sache tous que dans octobre il y a re comme reculer. Naissance et petit historique de l'heure d'été dans quelques pays. Europe
Et donc,
depuis 2001, l'entrée dans l'heure d'été se produit
le dernier dimanche de mars. Royaume-Uni
On peut voir, d'après ce tableau (qui n'a pas pour vocation de donner les dates d'application pour chaque année), que les choses ne se sont pas faites sans mal et que les différents horaires étaient tributaires de données économiques pour beaucoup liées aux deux guerres. Nous allons voir dans un dernier exemple que l'application de l'horaire d'été n'a pas été beaucoup plus simple en France. France On s'imagine quelquefois que le système heure d'été / heure d'hiver a vu le jour en France en 1976 sous la présidence de V. Giscard d'Estaing. En fait il est beaucoup plus ancien et remonte à 1916. Son initiateur a été André Honnorat.
Regardons l'évolution de l'application de ce système depuis ses débuts. Les modifications sont en rouge.
Conclusion Nous pourrions multiplier les exemples mais ce serait laborieux et sans grand intérêt. Nous nous contenterons donc de noter en fin de cette étude la situation actuelle de certains pays sur une carte. Les exemples donnés suffisent à établir qu'un des éléments déclencheurs de l'application de l'heure d'été a été l'entrée dans les deux guerres mondiales et que ce système a souvent été abandonné entre elles (pas en France). Aux USA, par exemple, le système d'heure d'été fut appliqué en 1918 et 1919 et abandonné avant de reprendre du 09/02/1942 jusqu'au 30/09/1945. De 1946 à 1966 les États et villes furent libre d'appliquer ou pas le système d'heure d'été. En 1966 le système fut appliqué uniformément aux USA du dernier dimanche d'avril (sauf en 1974, 06/01 et 1975, 23/02) au dernier dimanche d'octobre. En 1986, le début d'application de l'heure d'été a été déplacé au premier dimanche d'avril. Deux mots sur la Suisse qui n'a pas connu les deux périodes de guerre : - En
1941 et 1942, elle a appliqué l'heure d'été du 5
mai 1941 au 6 octobre 1941 et du 4 mai 1942 au 5 octobre 1942 Heure avancée partout dans le monde ? Partant du principe que le système heure d'été /heure d'hiver a pour but de nous faire "vivre au Soleil" pendant une certaine période de l'année, peut-on adopter l'heure avancée partout dans le monde ? Faisons un peu d'astronomie élémentaire et observons ce que se passe dans l'hémisphère Nord. Sur l'équateur, les jours ont la même durée toute l'année : 12 heures. Et les heures de lever et de coucher du Soleil ne varient pratiquement pas de toute l'année. Plus la latitude va augmenter, plus la différence de durée entre le jour le plus long (solstice d'été) et le jour le plus court (solstice d'hiver) va augmenter. Elle sera d'environ trois heures sur le Tropique du Cancer. Sur le cercle polaire arctique, on en arrivera au point où le Soleil ne se couchera plus au solstice d'été et où la durée du jour sera très courte au solstice d'hiver (moins de deux heures). Bien entendu, les variations de durée du jour ne suffisent pas à répondre à notre question. Puisque le problème semble se poser surtout pour le soir où les gens, durant la période d'éveil, passent du temps sous la lumière artificielle en hiver, il nous faut voir ce que donnerait une décalage d'une heure. Sur le tropique du Cancer, le Soleil se couche aux environs de 19 H 40 heure locale en été et 18 H 00 en hiver. Instaurer une "heure avancée" devient possible. En partant du Tropique du Cancer vers l'Équateur, c'est de moins en moins possible au risque de voir le Soleil se coucher plus tôt en été qu'en hiver. On devrait donc voir le système d'heure avancée dominer entre le Tropique du Cancer et le Cercle Polaire Arctique. Bien entendu, ces constatations sont aussi valables dans l'hémisphère Sud à condition d'inverser l'été et l'hiver et d'appliquer l'horaire d'été, grosso modo, entre octobre et mars. Vérifions sur une carte si nous conclusions sont justes. Les pays appliquant le système d'heure d'été / heure d'hiver sont en rouge.
Cette carte n'est qu'approximative. De plus, il me semble rébarbatif de faire un tableau de ces pays. D'autant qu'il demanderait une actualisation régulière dont je ne me sens pas capable. Laissons donc aux spécialistes de la chose le soin de nous fournir un tel tableau. Il y en a un ici.
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||