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Le
concours Flammarion
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En guise d'introduction
Les textes publiés : PROJET
DE RÉFORME DU CALENDRIER. OUVERTURE
DU CONCOURS Depuis
plusieurs années, mais surtout depuis la fondation de notre Revue
d'Astronomie populaire, nous avons reçu de toutes les parties
du monde, et particulièrement de l'Amérique, un grand
nombre de demandes et de projets de Réforme du Calendrier. Absorbé
par des travaux incessants, nous n'avions pu donner jusqu'ici à
cette étude l'attention qu'elle mérite. Mais aujourd'hui
l'intérêt et l'urgence de cette réforme nous paraissent
tellement incontestables, que nous n'hésitons pas à lui
ouvrir les colonnes de notre Revue. A notre époque de progrès,
aussi nombreux que rapides dans tous les genres, il est inconcevable
que l'on ne se soit pas encore entendu, surtout chez les peuples les
plus civilisés de l'Europe, de l'Asie et du Nouveau-Monde, pour améliorer, perfectionner et unifier
les Calendriers, qui tous, sans exception, sont très défectueux.
Nous faisons aujourd'hui un appel aux savants de tous les pays et à
tous les Gouvernements, et nous espérons que cet appel sera entendu,
comme celui qui a été fait ici même, il y a deux
ans, pour l'adoption urgente d'un Méridien universel. Ces deux
progrès se complètent l'un l'autre. Sans doute, l'homme
a toujours été forcé de compter avec le Ciel pour
le règlement du temps; mais le Soleil et la Lune, qui règlent
nos Calendriers, doivent nous servir et non pas nous asservir. N'est-il
pas temps que l'esprit humain prenne astronomiquement et géographiquement
possession de notre planète, au lieu d'être aveuglément
mené par elle?
Le
Calendrier civil (ou l'Annuaire) n'est autre chose que l'état
officiel de la division du temps, promulgué par l'autorité
civile, réglant l'année, les mois, les jours, les heures,
etc. L'aspiration
incessante de tous les siècles vers un Calendrier parfait, les
efforts constants de tous les peuples pour le perfectionner, et le malaise
qu'ils ont toujours éprouvé et qu'ils éprouvent
encore par suite de ses imperfections, disent assez que le Calendrier
n'est pas seulement une oeuvre d'art et de science, un objet de luxe
ou bien une invention simplement utile et commode, mais un besoin réel
pour l'homme qui veut vivre en société avec ses semblables,
un secours indispensable pour le diriger dans ses travaux et ses affaires,
pour ses relations sociales, pour son histoire, pour la célébration
de ses fêtes, religieuses ou nationales. Le Calendrier est, comme
la géographie, et plus encore peut-être, l'oeil de l'histoire
: il intéresse indistinctement tous les hommes, et tout le monde
le consulte sans cesse, parce qu'il est nécessaire tous les jours
et à tout le monde. Le
Calendrier est en quelque sorte une horloge indiquant avec ordre les
divisions de l'année, le nombre et la suite des jours, des mois
et des semaines, rappelant une foule de souvenirs et donnant des renseignements
utiles en temps opportun. Or, de même qu'une horloge indiquant
le nombre et la suite des heures et des minutes est d'autant plus utile
et parfaite qu'elle les indique toujours de la même manière
et sans variation, qu'elle présente des divisions simples, faciles
et toujours semblables, de même on a toujours pensé que
la perfection du Calendrier, au point de vue pratique, consiste surtout
dans la régularité et l'uniformité de toutes ses
dispositions, de sorte que moins il subira de changements d'une année
à l'autre, plus il sera utile et commode. Aussi
c'est vers ce but qu'ont toujours tendu les efforts des savants et des
législateurs qui se sont occupés de faire des Annuaires
ou de les réformer. La nature, il est vrai, fut le premier guide
de l'homme dans la division du temps, et donna elle-même les premiers
et les principaux éléments du Calendrier. Deux astres
plus particulièrement en rapport avec la Terre mesuraient le
temps avec une grande régularité, indiquant les jours
et les nuits, les mois, les saisons et les années ; malheureusement,
ces deux horloges célestes n'étaient pas d'accord entre
elles en toutes choses, et puis ne mesuraient le temps que d'une manière
fort incomplète. Il restait donc beaucoup à faire aux
savants et aux législateurs pour écrire dans la loi Ie
Calendrier de la nature et pour le compléter. Ils
s'appliquèrent d'abord à régler la durée
de l'année civile et à la mettre autant que possible en
harmonie avec l'année céleste. Les historiens supposent
qu'on essaya quelque temps des années d'un jour, puis d'un mois,
puis d'une saison ; mais on adopta bientôt une durée plus
conforme à la révolution annuelle du Soleil ou de la Lune,
et l'on eut ainsi à peu près des années de 354,
360, 365 jours, avec une variété infinie de jours complémentaires
dont la fixation fit si longtemps le désespoir des astronomes. Ils
s'appliquèrent ensuite à fixer l'époque où
l'année devait commencer, et cette époque a tellement
varié, qu'il n'est guère de mois dans l'année qui
n'ait eu quelque temps l'honneur d'en être le premier. Ce ne fut
que sous Charles IX, en 1564, que le mois de janvier prit décidément
la première place, que, malgré de légitimes protestations,
il a su conserver jusqu'à ce jour. Les
législateurs eurent encore à choisir entre l'année
lunaire et l'année solaire, ou à les concilier par de
mutuelles concessions. La lutte a été longue et n'est
pas terminée. Ils
comprirent également la nécessité de diviser l'année
en unités assez grandes qui fussent comme des points de repos
pour l'esprit dans cette longue série de 365 petites unités
qu'on appelle des jours. Après une légère hésitation
entre les saisons et les mois, la division par mois ayant paru plus
commode, fut généralement adoptée. Les
mois une fois admis, il fallut fixer le nombre de jours dont ils se
composeraient, et établir entre eux un certain équilibre.
Le problème était sans doute difficile a
résoudre, puisque aujourd'hui encore on n'est pas arrivé
à le faire d'une manière bien satisfaisante. Le
mois lui-même parut ensuite une unité trop grande ; on
sentit le besoin d'autres unités intermédiaires, et, suivant
les temps et les pays, on eut des ides, des nones et des calendes, des
semaines et des décades. Mais la semaine, quoique assez peu commode,
triompha à, peu près partout pour des raisons auxquelles
l'Astronomie est étrangère. Enfin,
il restait à régler d'une manière simple et commode
le commencement et la fin du jour civil, le nombre et la durée
des heures. Longtemps on se régla sur le Soleil; et, suivant
l'heure à laquelle il lui plaisait de se lever ou de se coucher,
les jours commencèrent et finirent ou plus tôt ou plus
tard; comme aussi, selon les saisons et les mois, on eut des heures
tantôt plus courtes et tantôt plus longues. On finit cependant
par comprendre toute l'incommodité de semblables dispositions,
et l’on se décida à fixer d'une manière invariable
le commencement et la fin du jour, de minuit à minuit, divisé
en 24 heures toujours égales de 60 minutes , et en minutes de
60 secondes. Ce
n'est donc qu'après un nombre infini d'essais, de tâtonnements,
d'expériences et de progrès successifs, qu'on est parvenu
à régler la division du temps, et à coordonner
ses diverses parties d'une manière un peu moins irrégulière
et un peu plus conforme à la nature et à nos besoins.
Aussi notre Calendrier, qui n'est autre que le Calendrier Julien, réformé
en 1582 par Grégoire XIII, est-il en quelque sorte l'ouvrage
de tous les siècles, le résumé de tous les travaux
des astronomes anciens et modernes et des réformes des plus grands
législateurs, et c'est à juste titre qu'il est devenu
le Calendrier de presque tous les peuples civilisés. Mais, quoique
plus parfait que la plupart de ses devanciers, notre Calendrier laisse
encore beaucoup à désirer, et il a besoin à son
tour d’une réforme qui le rende plus simple et plus régulier,
plus utile et surtout moins incommode. Parmi
tous les défauts qu'on peut reprocher à notre Calendrier,
et peut-être même aux Calendriers de tous les peuples, il
en est un surtout que je tiens à signaler, précisément
parce que les auteurs, les écrivains, les publicistes qui, surtout
au renouvellement de l'année, ne lui ménagent pas leurs
reproches et leurs critiques, semblent, à peu d'exceptions près,
ne l'avoir pas remarqué, ou du moins n'ont pas dressé
d'acte d'accusation contre lui; et cependant c'est le reproche le plus
juste et le plus grave qu'on soit en droit, de lui faire, et que nous
formulons en ces termes : avec le Calendrier actuel les années
se suivent et ne se ressemblent pas. En
effet, le Calendrier de l'année qui commence est tout différent
du Calendrier de l'année qui finit. Les 365 jours, changeant
chaque année de place, ne coïncident plus avec les mêmes
jours de la semaine. Ainsi, le 1er ,janvier,
qui était en 1884 un mardi, sera un jeudi en 1885, un vendredi
en 1886, un samedi en 1887, etc., etc., et tous les autres jours de
l'année jusqu'au 31 décembre subiront le même changement;
de sorte que l'on peut dire de notre Calendrier qu'il n'est constant
que dans sa perpétuelle inconstance. C'est ce qui nous oblige
à éditer chaque année un nouvel almanach, celui
des années précédentes ne pouvant plus servir. Or,
un tel désordre est évidemment, contraire au but essentiel
de tout Calendrier, aux principes qui doivent en régler toutes
les dispositions. Il contrarie sans cesse nos habitudes par des vicissitudes
et des changements continuels, il met la confusion dans toutes nos affaires,
il nous empêche de régler avec ordre notre temps, nos occupations,
nos relations sociales, et il brouille notre mémoire par de perpétuelles
contradictions et de continuels anachronismes. Aussi, ce qu'on a toujours
le plus admiré dans le Calendrier, si peu universel d'ailleurs
et si impraticable, de la République française de 1793,
c'est qu'il existait dans ce Calendrier une telle symétrie dans
l'ensemble et le détail de ses dispositions, que toutes les années
se ressemblaient, que tous les Calendriers étaient uniformes,
et que les quantièmes des mois répondaient constamment
aux mêmes ,jours de la décade.
Et à ce point de vue tout le monde convient que le Calendrier
républicain avait des avantages incontestables, résultant
de son admirable régularité. La
Réforme que nous proposons consiste donc principalement à
donner au Calendrier cette simplicité et surtout cette uniformité
qui lui manquent. Et, pour cela, nous émettons le voeu que toutes
les années en se suivant se ressemblent, autant que possible;
que le premier de l'an, par exemple, soit toujours un dimanche, le 2
un lundi, et ainsi de suite ,jusqu'au 31 décembre, de telle sorte que les
365 jours de l'année tombent invariablement aux mêmes jours
de la semaine que les années précédentes. Mais
comment opérer cette réforme?
Du
reste on ne ferait ici pour ce jour malencontreux (le 365e) que ce qu'a
toujours fait notre Calendrier, depuis Jules César, pour les
six heures de trop qui restent à la fin de chaque année;
les astronomes nous en font grâce tous les ans, malgré
les exigences du Soleil, et ils attendent pendant quatre ans que ces
six heures cumulées fassent un jour entier pour le placer comme
jour supplémentaire, à la fin de février; car sans
cela l'année commencerait tantôt à minuit, tantôt
à 6 heures, tantôt à midi, etc.; chaque heure aurait
son tour, et le même désordre se répéterait
tous les jours de l'année. C'est donc avec sagesse, avec raison
et dans un intérêt essentiel d'ordre et de régularité
qu'ils attendent, comme nous venons de le dire, que ces six heures accumulées
fassent un jour entier qu'ils placent tous les quatre ans à la
fin de février. Or ce que nous demandons ici, c'est qu'ils nous
fassent également grâce chaque année du 365e jour
et du 366e des années bissextiles, pour n'en tenir compte que
lorsqu'ils pourront en former une semaine entière. Cependant,
quelque simple que soit ce système, nous ne le proposons pas
d'une manière exclusive; nous sommes persuadés que la
Science pourra en découvrir de plus simples encore et qui mériteront
sans doute la préférence. §
3. - Avantages de la réforme proposée. Avec
ces dispositions constantes, invariables, nous aurions enfin un Calendrier
réellement perpétuel, immuable; on n'aurait plus besoin
d'en changer à chaque nouvelle année, et le même
Calendrier nous servirait indéfiniment pendant tout le cours
de notre existence, depuis la naissance jusqu'à la mort, absolument
comme la même montre qui nous sert tous les jours de notre vie
et qui continue encore à servir à nos descendants, de
telle sorte que, tandis que nous n'avons et ne pouvons avoir que des
Calendriers de carton, on pourrait graver le nouveau Calendrier perpétuel
sur' le marbre, ou le bronze, l'or, l'argent, ou l'ivoire, et qu'on
le placerait sur la façade de tous les monuments publics, parce
que, dans mille ans et au delà, ce serait toujours le même. Cette
réforme serait d'autant plus facilement acceptée par tout
le monde, que, contrairement à presque toutes les réformes,
elle ne contrarierait en rien les usages anciens, la routine, les vieilles
habitudes; qu'on s'apercevrait même à peine de ce changement,
parce qu'il serait en effet moins un changement que la fin de tous ces
changements que l'on est maintenant obligé de subir à
chaque nouvelle année; d'ailleurs, on en comprendrait tout de
suite l'utilité réelle et tous les avantages, en même
temps que sa rare simplicité. Dégagé en effet de
tous les embarras et des imperfections du Calendrier actuel, le nouveau
Calendrier répondrait à ce besoin que l'on éprouve
aujourd'hui plus que jamais d'ordre, d'économie et de fixité
dans la disposition de son temps. Avec
le nouveau Calendrier, chacun pourrait d'avance, et pour une longue
suite d'années, régler l'emploi de son temps d'une manière
tout à fait constante, uniforme et régulière et
par conséquent plus utile. Mais
les avantages de la Réforme proposée sont trop évidents,
trop incontestables pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans
de plus longs détails. Nous laissons donc à la science,
à l'histoire, à la religion, à l'agriculture, à
l'industrie, au commerce et aux arts, pour qui le temps est toujours
et partout un élément nécessaire, le soin d'en
proclamer les bienfaits. Nous
n'avons pu découvrir, au point de vue de la Science, d'objection
sérieuse contre ce projet de reforme. L'équilibre, en
effet, reste le même ou se rétablit bientôt entre
l'année civile et l'année solaire, et nous tenons compte
aussi exactement qu'auparavant des jours, des heures, des minutes et
des secondes. Si, néanmoins, on voulait reprocher sérieusement
à ce projet une différence passagère de quelques
jours pour telle ou telle année, telle ou telle saison, je répondrais
que cette différence n'a aucune importance par elle-même,
qu'elle passerait tout à fait inaperçue, qu'elle ne causerait
aucun dérangement dans nos habitudes, et que, quand elle serait
d'un plus grand nombre de jours encore, il n'y aurait pas de quoi s'en
inquiéter; que notre intention, d'ailleurs, a été
de faire un Calendrier usuel et commode plutôt qu'un Calendrier
astronomique, un Calendrier pour l'usage de tout le monde plutôt
que pour l'usage de l'Observatoire; enfin, que la perfection du Calendrier
civil ne consiste pas précisément dans sa plus grande
conformité avec le Soleil, comme le prouve le Calendrier grégorien
lui-même, qui contient une foule de dispositions peu conformes
à la nature, mais qu'on a adoptées uniquement parce qu'elles
étaient plus commodes. On
se demandera sans doute comment on a pu attendre jusqu'à ce jour
pour opérer une réforme qui paraît si simple et
si utile. Ce fait seul établirait un préjugé défavorable
au projet, et nous devions chercher à nous en rendre compte.
Or, sans nous arrêter ici à ces raisons générales
que les progrès sont toujours lents en presque toutes choses,
que les réformes précisément les plus simples et
les plus utiles sont celles qui se font ordinairement attendre le plus;
enfin, que les siècles passés, en s'écoulant et
payant successivement leur tribut au progrès, semblent toujours
vouloir laisser quelque chose à faire aux siècles à
venir; sans nous arrêter à ces considérations générales,
il nous a semblé, l'histoire à la main, due depuis longtemps
on avait presque oublié le but principal du Calendrier; on ne
pensait qu'à le mettre en parfait accord avec l'année
solaire, et lorsque Grégoire XIII eut accompli ce voeu de la
science, on crut que tout était fini, et qu'après cette
réforme il n'y avait désormais plus rien à réformer;
aussi, depuis cette époque, la plupart des auteurs se contentent
de signaler, en passant, les défauts du Calendrier grégorien,
mais sans en provoquer la réforme, et les législateurs
ne paraissent pas non plus s'en être sérieusement occupés.
Exceptons cependant la Convention. ( France,
1793 ), qui comprit le besoin d'un nouvel annuaire. Malheureusement,
à quelques dispositions sages et utiles, elle en mêla d'autres
absurdes et impies, et le Calendrier républicain n'eut que quelques
années d'existence. Quant
à notre époque, les hommes de la Science, je l'avoue,
ne semblent guère se douter qu'ils ont encore une grande tâche
à remplir; mais, du jour où ils seront consultés
sur ce point, je ne doute pas qu'à l'instant ils ne découvrent
eux-mêmes toutes les imperfections du Calendrier civil, qu'ils
n'indiquent les moyens les plus faciles de les corriger, et qu'ils ne
proclament, bien mieux que n'ont pu le faire quelques rares écrivains,
la, nécessité et les avantages d'une réforme. Vous
avez donc mille fois raison, monsieur le Directeur, de vouloir avant
tout soumettre cette importante question à un Congrès
international qui ferait appel aux plus habiles économistes,
aux savants de tous les pays, aux astronomes les plus distingués,
et quand la Science aura fait entendre ses oracles, la conscience des
législateurs sera parfaitement éclairée, et ils
pourront, après ce nombre infini d'essais faits depuis tant de
siècles et par tant de génies, ils pourront, en toute
connaissance de cause, opérer la plus grande, la plus logique,
la plus utile, et en même temps la plus simple de toutes les réformes,
et donner à tous les habitants de notre planète le plus
parfait de tous les Calendriers, qui deviendrait nécessairement
un jour un Calendrier universel, le Calendrier de tous les peuples
III OBSERVATIONS
SUR LA RÉFORME DU CALENDRIER MONSIEUR
LE DIRECTEUR, J'ai
lu avec le plus vif intérêt, dans la Revue astronomique
que vous dirigez, deux articles touchant une des questions les plus
intéressantes qui existent certainement au point de vue pratique,
- je veux parler de la réforme du Calendrier civil. Dans
une première communication en date du mois de septembre dernier,
vous-même, Monsieur le Directeur, faisiez appel à toutes
les bonnes volontés, pour hâter la solution d'un problème
que vous considérez à si juste titre comme essentiel,
au point de vue des relations sociales de toute nature, et surtout en
ce qui concerne les rapports entre personnes appartenant à des
nationalités différentes. Il
ne m'appartient pas de décerner à l'auteur anonyme du
remarquable article auquel je fais allusion tous les éloges qu'il
mérite, et qu'il obtiendra certainement de la part du public
et du monde savant. - Je n'entreprendrai pas non plus de revenir sur
les curieux détails historiques contenus dans cet intéressant
Mémoire. - Mais j'espère, Monsieur le Directeur, que vous
me permettrez d'apporter ma modeste pierre à l'édifice
dont vous êtes l'architecte, et que vous voudrez
bien accorder l'hospitalité de vos colonnes aux quelques observations
qui vont suivre. Veuillez
agréer, etc...
Si
l'on analyse d'Une manière générale les différents
systèmes qui ont été successivement adoptés,
tant dans l'antiquité que dans les temps modernes, pour régler
la computation du temps, on s'aperçoit, non sans étonnement,
que les plus illustres réformateurs n'ont obtenu que des résultats
relativement très imparfaits. Et pourtant, il semble à
première vue que rien ne soit plus facile à un législateur,
disposant d'un pouvoir souverain, que d'imposer aux populations des
règles absolument méthodiques et parfaitement satisfaisantes
à tous égards en ce qui concerne le Calendrier. A
quoi tiennent donc ces difficultés si considérables que
les plus beaux génies de toutes les époques n'ont pu les
surmonter entièrement? Pourquoi n'est-on jamais arrivé
jusqu'à ce jour à établir un système de
computation du temps, qui donnât satisfaction à tous les
intérêts et à toutes les exigences ? La
cause de ces perpétuels changements et de ces constants insuccès
est, à notre avis, facile à dégager : c'est la
multiplicité des points de vue auxquels le législateur
peut et doit se placer, pour régler les diverses divisions du
temps. - Et en effet, il doit tenir compte tout à la fois : 1°
De la durée des principales évolutions astronomiques;
2° Des moeurs, voire même des préjugés invétérés
de la population; 3° Enfin et surtout, des nécessités
de la vie pratique. Or,
dans la plupart des cas, il est impossible de donner en même temps
satisfaction à ces différents ordres d'idées, et
le créateur d'un nouveau Calendrier se voit souvent obligé
d'opter entre des considérations également respectables
et pourtant opposées. - Il s'en suit nécessairement que,
dans ce conflit d'intérêts de diverses natures, un point
de vue se trouve presque toujours sacrifié à un autre;
ce qui explique les lacunes et les imperfections qui se rencontrent
fatalement dans tous les Calendriers. En
présence de cette impossibilité d'arriver à un
résultat absolument satisfaisant à tous égards,
quelle est donc la ligne de conduite que doit suivre le réformateur?
- Faut-il qu'il se retranche exclusivement clans le domaine clé
la Science pure, qu'il ne prenne en considération que les seules
évolutions des planètes, en n'envisageant que le point
de vue astronomique? - Doit-il au contraire, imitant en cela les Pontifes
romains, se laisser influencer par le respect de la tradition, au point
de laisser subsister des procédés de computation que répudient
à la fois la Science pure et le bon sens pratique? Doit-il, en
un mot, se placer exclusivement au point de vue traditionnel? -Ou bien,
dédaignant également les principes de la Science et les
considérations historiques les plus respectables, faut-il qu'il
n'ait d'autre souci que de créer des divisions commodes, appropriées
aux besoins de la vie, et qu'il ne s'attache qu'au point de vue pratique
? A
notre avis, aucune des trois méthodes que nous venons d'indiquer
ne peut donner à elle seule des résultats satisfaisants;
et, pour se convaincre de l'exactitude de cette proposition, il suffit
d'envisager les conséquences absurdes auxquelles on arriverait,
en adoptant exclusivement un des trois systèmes que nous venons
de mentionner. Supposons,
en effet, que l'on envisage uniquement le point de vue astronomique.
- On se trouve dès l'abord en présence de difficultés
insurmontables; car le commencement et la fin de chacune des évolutions
planétaires, dont il faut nécessairement tenir compte,
ne coïncident pas exactement : l'année solaire ne se compose
précisément ni d'un certain nombre de mois lunaires; ni
même d'un certain nombre de jours. Bien plus, les jours solaires
ne sont pas rigoureusement égaux entre eux. - S'il fallait donc
s'attacher exclusivement aux phénomènes sidéraux,
il serait nécessaire de rédiger des Tables astronomiques,
dont l'usage ne serait accessible qu'aux seuls savants, et qui ne pourraient
en aucune façon constituer un Calendrier, dans le véritable
sens du mot. - Mais là n'est pas le seul inconvénient
d'un tel système quand bien même les évolutions
astronomiques les plus longues seraient exactement des multiples des
plus petites, on n'obtiendrait pas encore lui résultat satisfaisant
à tous égards. Imaginons en effet, pour un instant, que
l'année solaire se compose précisément de 365 jours
et de 5 mois lunaires, ayant chacun 73 jours; quelles seraient les conséquences
d'une hypothèse si favorable? - Nous obtiendrions des divisions
très scientifiques peut-être, mais à coup sûr
inapplicables aux besoins divers de la vie sociale. Comment, en effet,
pourrait-on se contenter d'un système où aucune des périodes
ne serait facilement fractionnable; où l'on ne pourrait distinguer
ni demi-année comprenant un nombre
exact de mois, ni demi-mois comprenant un
nombre exact de jours; surtout si l'on considère l'énorme
distance qui séparerait une année de 365 jours d'un mois
de 73, et un mois de 73 jours d'une simple journée? - On voit
donc par cette simple hypothèse que, même en supposant
une coïncidence parfaite entre les diverses évolutions des
astres, on ne saurait encore se retrancher exclusivement dans le domaine
de la Science, sous peine de .produire une oeuvre absolument inapplicable
aux nécessités de la vie pratique; sans parler du bouleversement
qu'une telle innovation apporterait dans les moeurs et dans les habitudes
de la population. Faut-il
donc, rejetant toute idée scientifique, et désespérant
d'arriver jamais à une solution méthodique
de la question, nous contenter d'appliquer aussi exactement que possible
les règles que nous ont transmises nos devanciers, et nous borner
à suivre la tradition ? Une telle opinion ne saurait, à
notre avis, être sérieusement défendue. - Sans doute,
il existe dans notre Calendrier actuel certaines dispositions qui, bien
que peu justifiables au point de vue logique, sont néanmoins
respectables en raison de leur concordance avec des moeurs et des usages
profondément ancrés dans l'esprit de la, population ;
mais, par contre, il faut bien reconnaître que plusieurs autres
règles, qui n'ont également d'autre fondement que la tradition,
pourraient être réformées sans blesser aucunement
les habitudes nationales. - C'est ainsi , par
exemple, que, si l'on conçoit que l'on recule devant la suppression
de la semaine, période traditionnelle par excellence, on ne s'explique
guère que par un esprit de routine vraiment singulier, l'on persiste
encore à n'assigner que 28 jours au mois de février, alors
que le nombre des mois de 31 jours dépasse d'autre part celui
des mois de trente. En
présence de cette impossibilité où nous nous trouvons
de nous guider uniquement d'après les données de la Science,
ou d'après les usages traditionnels, il semble au premier abord
que le seul parti à prendre soit de se restreindre dans les bornes
des considérations pratiques; mais ici encore, nous tomberions
sur un autre écueil. - Supposons, en effet, que l'on fasse abstraction
de toute idée scientifique ou historique; qu'arrivera-t-il ?
On se contentera de constituer des périodes factices, d'un usage
absolument commode, facilement divisibles les unes par les autres :
on créera, par exemple, une année de 100 jours, comprenant
10 mois de 10 jours chacun; ou bien encore une année de 240 jours,
se subdivisant en 12 mois de 20 jours, fractionnés chacun en
petites périodes de 5 jours. - Il est inutile d'insister sur
les inconvénients que présenterait un pareil Calendrier
: très commode sans doute pour la supputation des délais,
des échéances, du temps réellement écoulé
depuis une date déterminée, il ne procurerait aucun élément
d'appréciation touchant le retour des phénomènes
les plus essentiels, même au point de vue pratique; et d'autre
part, il ne serait nullement approprié aux moeurs et aux habitudes
d'esprit des populations. Quels
sont donc les principes que l'on doit adopter, pour fonder les bases
d'un Calendrier véritablement bon et utile, sinon parfait ? -
Nous venons de voir qu'il était impossible de se placer exclusivement
à l'un des trois points de vue astronomique, traditionnel ou
pratique. Il faut donc combiner entre eux ces divers éléments,
en sacrifiant le moins possible chacun d'eux. Mais,
en cas de conflit entre des considérations d'ordres différents,
quel sera le criterium à adopter? -
A notre avis, c'est le point de vue pratique qui devra toujours prévaloir.
Et en effet, quel est le but essentiel du calendrier ? Est-ce de faire
connaître aux savants le moment précis où doivent
se produire les phénomènes astronomiques ? Est-ce de perpétuer
le souvenir d'usages et de préjugés depuis longtemps disparus
? On ne saurait le soutenir sérieusement. Il faut donc avant
tout, quand on entreprend de réformer le Calendrier, se préoccuper
des nécessités de la vie usuelle : chercher à créer
des divisions simples, facilement fractionnables, concordant autant
que possible entre elles, et suffisamment variées pour que l'une
ou l'autre corresponde presque toujours à une durée d'un
usage commode pour régler nos affaires, nos travaux, ou notre
repos. Sans doute, par suite même de ces considérations
utilitaires, il faut aussi tenir compte des données de la Science,
et respecter dans une certaine mesure la tradition; mais on ne doit
renoncer aux divisions simples et commodes qu'à la dernière
extrémité, et qu'autant qu'il est absolument démontré
qu'un inconvénient pratique sérieux résulterait
de l'omission d'une considération astronomique ou traditionnelle. §
2. -- Critique des diverses subdivisions du Calendrier grégorien. Le
Calendrier grégorien, actuellement en vigueur chez la plupart
des nations civilisées, est incontestablement l'un des meilleurs,
sinon le meilleur de ceux qui ont été usités jusqu'à
ce jour. - Nous n'entreprendrons donc pas de remonter le cours des âges,
et nous ne nous livrerons pas à l'analyse des différentes
méthodes qui ont été adoptées à toutes
les époques, pour supputer le temps. Poursuivant un but essentiellement
pratique, nous nous bornerons à étudier en particulier
chacune des subdivisions de notre Calendrier actuel, en les appréciant
conformément aux principes que nous avons exposés dans
notre paragraphe premier. 1°
LE JOUR. - Le jour est la base même, l'unité primordiale
de tout calendrier. La succession de la lumière et 'des ténèbres,
au moins dans presque tous les climats habitables, fait du mouvement
de rotation de la Terre la subdivision du temps la plus nécessaire
de toutes, en ce qui concerne la vie usuelle. - Il est vrai que le jour
astronomique ne coïncide pas rigoureusement avec le jour moyen
sur lequel se règlent nos horloges; mais la différence
qui les sépare restant toujours dans des limites très
étroites, on peut dire que cette première division est
tout à la fois conforme aux données de la Science, aux
exigences de la vie pratique, et qu'elle est de plus sanctionnée
par le consentement universel des nations. 2°
LA SEMAINE. - Il en est différemment de la semaine. - Cette période
ne correspond précisément à aucune évolution
astronomique; elle présente de plus le double inconvénient
: d'une part, de comprendre un nombre de jours indivisible; et d'autre
part, de n'être pas une fraction exacte de l'année. - Néanmoins,
nous croyons qu'ici, même au point de vue pratique, le respect
de la tradition s'impose impérieusement. Et en effet, les trois
défectuosités que nous venons de signaler ne sont pas
aussi graves qu'elles le paraissent au premier abord. En premier lieu,
si la semaine n'offre aucun intérêt comme indication du
retour de certains phénomènes climatériques, il
faut bien avouer qu'aucune période astronomique d'une durée
à peu près semblable n'offrirait plus d'avantages à
cet égard: et pourtant il est indispensable de créer des
subdivisions intermédiaires entre le jour et l'année,
seuls éléments scientifiques absolument nécessaires
par suite des profondes Modifications qu'ils apportent aux conditions
de la vie usuelle. Quant à la seconde objection qu'on peut faire
contre la période de 7 jours, elle ne doit pas plus nous arrêter
que la première; car, s'il est vrai de dire que le nombre 7,
essentiellement indivisible, paraît assez mal choisi pour une
subdivision pratique du temps, il ne faut pas oublier qu'un usage constant,
corroboré chez la plupart des peuples par les prescriptions religieuses,
consacre au repos un des jours de la semaine; en sorte que les jours
ordinaires se trouvent réduits à six, nombre commode et
facilement fractionnable. - Nous nous trouvons
donc en présence d'un seul inconvénient vraiment sérieux
: le défaut de concordance entre la durée de l'année
et un nombre entier de semaines. C'est là sans doute un défaut
des plus graves et qu'a parfaitement fait ressortir l'auteur du remarquable
article publié dans cette Revue au mois de novembre dernier;
mais ce même auteur a placé le remède à côté
du mal, eu exposant une méthode artificielle destinée
à supprimer l'inconvénient qu'il signalait. A notre avis,
l'expédient mis en avant par lui serait parfaitement acceptable;
toutefois, au paragraphe suivant, nous nous permettrons de proposer
à notre tour un procédé empirique d'une autre nature,
qui pourrait peut-être atteindre le même but, sans présenter
les mêmes désavantages. On
voit donc que la semaine offre moins d'inconvénients qu'il ne
semble au premier abord, tant au point de vue scientifique qu'au point
de vue pratique. - Qlue si maintenant nous
considérons la nécessité de respecter autant que
possible la tradition, aucune période peut-être ne s'impose
d'une façon plus absolue que celle de 7 jours. Et, en effet,
chez la plupart des peuples civilisés, les moeurs, les usages
anciens, les doctrines religieuses, font de cette subdivision du temps
une des bases de réglementation les plus essentielles pour les
travaux, les pratiques des divers cultes, les affaires, ou les plaisirs.
Il faut donc renoncer à substituer à la semaine une autre
période plus méthodique de 5, 6 ou 10 jours, par exemple,
sous peine d'apporter un trouble profond clans les habitudes de la population
et de ne créer qu'une oeuvre destinée à périr
promptement, comme le Calendrier de la Convention nationale française,
si excellent pourtant à d'autres égards. 3°
Le mois. - A proprement parler, le mois du calendrier grégorien
n'est, de même que la semaine, qu'une subdivision purement factice.
-Et d'abord. il ne correspond exactement à
aucune évolution astronomique. De plus, les mois ne sont pas
égaux entre eux, et chacun d'eux ne présente pas même
l'avantage d'être une fraction déterminée de l'année.
Cet inconvénient est rendu plus saillant encore par l'inconcevable
esprit de routine qui a fait attribuer seulement 28 jours à février,
tandis que d'autre part le nombre des mois de 31 jours dépasse
celui des mois de 30 jours. Enfin, si 4 mois de l'année présentent
bien l'avantage de comprendre un nombre de jours simple et facilement
divisible, il faut remarquer que les 8 autres, c'est-à-dire le
plus grand nombre, sont composés de 31, 28 ou 29 jours, et sont
au contraire très défectueux à. cet égard.
Nous
croyons donc qu'une réforme s'impose impérieusement sur
ce point. - Sans doute, nous ne regrettons pas que le mois du Calendrier
ne corresponde pas au mois lunaire. A la différence des mouvements
de rotation et de translation de la Terre, le mouvement de la Lune autour
de notre planète n'entraîne aucune conséquence pratique
suffisamment importante pour qu'on doive sacrifier au désir d'en
tenir compte la simplicité et l'utilité d'un autre mode
de computation. - Nous admettons donc que le mois civil puisse ne pas
concorder avec le mois lunaire, et ne doive être qu'une division
artificielle, qu'un douzième d'année. -Mais, ceci posé
en principe, et toute considération scientifique étant
écartée, au moins faut-il que le côté pratique
de la question reçoive autant que possible, satisfaction. En
effet, nous ne sommes plus ici, comme en ce qui concerne la semaine,
contraints par la nécessité de respecter des traditions
enracinées dans l'esprit de la population; car les anomalies
qui se rencontrent dans la durée des différents mois ne
peuvent s'expliquer que par le souvenir d'usages et de préjugés
depuis longtemps disparus. Il faut donc s'en tenir sur ce point aux
seules règles du bon sens, et restituer au mois son caractère
de division factice, mais pratique et commode, de l'année. -
Nous verrons au Paragraphe suivant comment, à notre avis, ce
résultat pourrait être obtenu. 4°
L'ANNÉE. - A la différence de la semaine et du mois, l'année
est une période pour laquelle on doit soigneusement tenir compte
des données de l'Astronomie. - Si nous avons pu, en effet, négliger
de prendre en considération les phases de la Lune, qui n'apportent
pas d'importantes modifications aux conditions de la vie usuelle, nous
ne saurions agir de même en ce qui concerne le mouvement de notre
planète autour du Soleil. De même que la rotation de la
Terre impose nécessairement le jour comme élément
fondamental de la division du temps, en ramenant successivement les
ténèbres et la lumière, de même la course
de notre planète autour du Soleil entraîne périodiquement,
sous la plupart des latitudes, le retour de phénomènes
climatériques d'une extrême importance au point de vue
pratique. Toutefois, l'année solaire ne comprenant pas un nombre
exact de jours, il devient nécessaire d'user de procédés
empiriques pour établir la concordance entre ces deux éléments
essentiels du Calendrier. Nous n'entreprendrons pas d'examiner les diverses
méthodes qui ont été usitées jusqu'ici pour
atteindre ce but; mais il nous semble que le Calendrier grégorien
peut être considéré comme aussi satisfaisant que
possible à ce point de vue, sauf toutefois en ce qui concerne
la place bizarre qui est assignée au jour complémentaire,
et qui n'a d'autre fondement qu'un respect excessif de la tradition. Nous
venons de voir quels sont les avantages et quelles sont les lacunes
que présente le Calendrier grégorien; il nous reste maintenant
à examiner comment on pourrait arriver à conserver les
uns tout en comblant les autres. -Nous n'avons pas, sans doute, la prétention
de présenter un projet parfait de tous points : nous nous contentons
de soumettre aux lecteurs les modifications qui nous semblent pouvoir
et devoir être apportées à notre Calendrier actuel;
mais, pour plus de clarté dans l'exposition, nous sommes obligé
de donner à cette dernière partie de notre travail le
caractère d'un plan d'ensemble. A
notre avis, le Calendrier réformé devrait être établi
sur les bases suivantes : L'année
serait de 365 jours , avec des jours complémentaires
introduits conformément aux principes du Calendrier grégorien.
(Extrait
de L'Astronomie, mai 1886). Le
concours, ouvert en septembre 1884, a été fermé,
comme il avait été annoncé, à la date du
ler janvier 1886. Cinquante mémoires, envoyés
des diverses parties du monde, ont été examinés
en première lecture et classés. Le rapport va être
incessamment soumis au jugement d'une haute commission, modifié,
s'il y a lieu, et adopté comme exposition du PROJET de la réforme
désirée; puis il sera publié avec les prix décernés.
Nous pouvons penser, dès aujourd'hui, que le prix de cinq mille
francs ne pourra être décerné à un seul auteur,
mais sera partagé entre plusieurs. Plusieurs
savants nous ont demandé, à ce propos, si ce projet ne
visait pas aussi la réforme du Calendrier religieux, nous assurant
qu'elle serait très utile et qu'elle était même
généralement souhaitée par tous les chrétiens,
catholiques ou protestants. Nous ne pouvons personnellement rien affirmer
à ce sujet : cependant nous connaissons des membres du Parlement
anglais qui ont l'intention de proposer cette réforme à
la Chambre des Communes, surtout dans le désir de voir fixées
chaque année à la même époque les vacances
du Parlement. Nous pourrions particulièrement en citer un, bien
connu partout par son immense fortune, et surtout par ses bienfaisances
sans bornes en Angleterre et en France, et qui a doté Paris des
fontaines populaires qui portent son nom. Mais
il appartiendra au Congrès que nous espérons voir se réunir
pour la réforme du Calendrier civil, de décider s'il doit,
en même temps, émettre un voeu sur la réforme du
Calendrier religieux. Quant à nous, nous ne pouvons nous occuper
que du Calendrier civil. Il nous semble d'ailleurs que la réforme
du Calendrier religieux regarde le chef de la religion chrétienne.
Grégoire XIII, avec le concours des savants de son siècle,
a proposé, il y a trois siècles, une réforme qui
a été successivement acceptée par presque tous
les États chrétiens; Léon XIII, qui passe avec
raison pour être l'ami de la science et du progrès, pourra
bien, s'il le juge utile, décider à son tour de l'opportunité
d'une nouvelle réforme. RAPPORT
SUR LES PROJETS PRÉSENTÉS AU CONCOURS (1) (1)
Ce concours a été fermé, comme on vient de le voir,
le 1er janvier 1886. La Société Astronomique de France
ayant été fondée et ayant tenu sa première
séance le 28 janvier 1887, M. Flammarion a, dès la seconde
séance (28 février), transmis ses pleins pouvoirs à
la Société, qui a immédiatement nommé une
commission chargée de lui adresser un Rapport sur les projets
présentés et sur la distribution du prix de cinq mille
francs. (C'est ce Rapport, dû à M. Gérigny,
secrétaire de la Société, qui est publié
ici.
2°
L'imperfection du cycle grégorien de 400 ans qui, faisant l'année
civile moyenne de 365j,2425, alors que l'année tropique est de
365j,2422, amène un écart d'un jour au bout de 3500 ans
environ; 5°
Le caractère empirique et incommode de la semaine de 7 jours
qui n'a pas d'autre raison d'être que l'antiquité de son
origine; 8°
L'absence de divisions décimales dans la mesure du temps;
Il
est évidemment impossible de conserver pour les usages civils
une année qui ne serait pas composée d'un nombre exact
de jours. Puisqu'on ne peut pas non plus renoncer à compter le
temps d'après les saisons et remplacer l'année par une
période décimale de 100 jours ou de 1000 jours, il ne
reste que deux partis à prendre. Le premier serait de former
l'année civile du nombre entier de jours le plus voisin de la
valeur fractionnaire de l'année tropique, c'est-à-dire
de 365 jours. C'est la solution qu'avaient adoptée les anciens
Égyptiens. Cette année, composée invariablement
de 365 jours, et qu'on a appelée l'année vague, a
l'incontestable avantage d'être toujours égale à
elle-même; mais on sait l'inconvénient qui résulte
de la fraction négligée. L'année civile étant
trop courte d'un quart de jour environ, les saisons se déplacent
d'un jour tous les quatre ans; la date de l'équinoxe de printemps,
par exemple, s'augmente d'une unité tous les quatre ans, d'un
mois tous les 120 ans environ en 1460 ans, à peu près,
les saisons ont fait tout le tour de l'année. Les anciens Égyptiens
ne voyaient pas d'inconvénient à cette variation annuelle;
ils pensaient au contraire que ce mode de supputation était plus
avantageux, parce qu'au bout du cycle de 1460 ans, toutes les saisons
s'étaient trouvées sanctifiées par les différentes
fêtes religieuses qui se célébraient à des
dates fixes. Mais la civilisation moderne ne s'accommoderait pas d'un
pareil système. Le Calendrier n'est pas seulement un tableau
composé d'une manière arbitraire pour donner des noms
ou des numéros aux jours successifs; c'est aussi un classement
des jours à venir, d'après lequel nous distribuons à
(avance nos travaux et nos plaisirs, nos occupations privés ou
professionnelles; c'est d'après lui que se règlent nos
projets et nos habitudes. Il est l'image de la succession des saisons,
dont il nous indique à l'avance les particularités qui
peuvent être prédites, comme les heures du lever et du
coucher du Soleil, l'équation du temps, etc. Nous ne comprendrions
pas que les mêmes saisons ne se reproduisissent plus aux mêmes
dates, parce qu'alors il nous faudrait modifier nos habitudes et changer
les dates de nos diverses occupations à mesure que les saisons
se déplaceraient parmi les dates du Calendrier civil. II A
côté de cette obligation fondamentale, qui nous est imposée
par un rapport numérique entre des phénomènes naturels
et complètement en dehors de l'action de la volonté humaine,
il est encore une condition capitale qu'on ne doit pas perdre de vue
dans l'établissement d'un projet de réforme, et qui dépend
de considérations entièrement différentes se rattachant
à trois ordres d'idées distincts : 1°
Le Calendrier grégorien, en usage chez les nations les plus civilisées,
n'est pas l'oeuvre d'un jour imposée par un législateur;
il est, pour ainsi dire, le résultat du travail des siècles
et d'un grand nombre de générations. Ce n'est autre chose
que l'ancien Calendrier romain dont l'origine se perd dans la nuit des
légendes de Romulus et de Numa Pompilius,
réformé à diverses reprises, suivant les progrès
de la Science, mais jamais complètement transformé. Un
résumé rapide de l'histoire de ce Calendrier ne sera peut-être
pas inutile. L'année
de Romulus se composait de dix mois et comptait 304 jours. Numa introduisit
les mois de janvier et février qui portèrent à
355 le nombre des jours de l'année. Plus tard, on comprit l'inconvénient
de cette durée de l'année civile beaucoup plus courte
que celle de l'année tropique, et l'on imagina d'ajouter tous
les deux ans un mois supplémentaire appelé Mercedonius. Par une bizarrerie presque inconcevable, ce mois
s'intercalait tout entier entre le 23 et le 24 février; mais
malgré le mois de Mercedonius l'année
ne restait guère d'accord avec le Soleil. En désespoir
de cause, on prit le parti de laisser à l'autorité du
Grand Pontife le soin de décider chaque année s'il y aurait
un mois Mercedonius et quelle en serait la
longueur. Cette détermination ne fit qu'augmenter le désordre
qu'on voulait éviter; les pontifes abusaient du pouvoir qui leur
était conféré pour allonger ou raccourcir l'année,
suivant leurs caprices ou leurs intérêts. Maîtres
d'avancer ou de retarder les échéances, ainsi que l'époque
du renouvellement des magistratures, ils avaient fait du Calendrier
un instrument de corruption et de fraude. A l'époque de Jules
César, le désordre était tel que les fêtes
de la moisson tombaient en plein hiver et qu'on célébrait
au printemps des fêtes nommées autumnalia.
C'est pour remédier à cet état de choses et en
empêcher le retour que le dictateur entreprit la réforme
qui a porté son nom. Il prit conseil d'un astronome égyptien,
SOSOGENE, et établit le Calendrier julien, absolument conforme
au Calendrier actuel, sauf la division des mois en Calendes, Nones et
Ides, et la règle d'intercalation des années bissextiles
qui devait amener invariablement une année bissextile tous les
quatre ans, sans exception. II n'est peut-être pas sans intérêt
de remarquer que le jour supplémentaire des années bissextiles
a été intercalé à la place de l'ancien mois
Mercedonius, c'est-à-dire entre le
23 et le 24 février. Comme le 23 février s'appelait sextus dies ante kalendas
Martis (sixième jour avant les
calendes de Mars), le jour intercalaire prit le nom de bissextus dies... (deuxième sixième jour), et de là est
venu le nom de bissextile donné aux années de 366 jours.
De plus, pour ramener les saisons aux dates qui devaient leur correspondre,
on assigna à l'année de la réforme une durée
de 445 jours; cette année, qui depuis s'appela l'année
de confusion, était l'an 709 de la fondation de Rome, ou l'an
46 avant Jésus-Christ. Ajoutons que les pontifes chargés
d'appliquer la réforme ne comprirent pas, dans les premières
années, qu'il fallait faire une année bissextile dans
chaque groupe de quatre années; mais, comptant dans ces quatre
ans l'année bissextile précédente, ils faisaient
revenir les années bissextiles tous les trois ans en réalité.
L'erreur qui résulta, de cette fausse application de la règle
fut corrigée sous Auguste par la suppression des jours comptés
en trop. L'année julienne moyenne était de 365j,25, dépassant ainsi l'année tropique de 0j,007783, ou de 11 minutes environ. Cette différence paraît très faible: mais, en s'accumulant, elle fait un jour au bout de 130 ans. Il résulte de là que l'équinoxe du printemps, qui, à la réforme du Calendrier par Jules |