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LE
CALENDRIER MACÉDONIEN
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CONSEIL : Avant de lire la suite de cette page, il est conseillé de prendre connaissance de la construction des calendriers grec, babylonien et égyptien. UN PEU D'HISTOIRE : Notre brin d'histoire, sous forme de tableaux chronologiques et de cartes, va nous mener de l'époque d'Alexandre le Grand à celle du début de la conquête romaine. Les tableaux chronologiques sont empruntés, avec l'aimable autorisation de Gilles Mathieu, au site Grectel (de François J. Bayard) que je vous conseille de visiter si vous vous intéressez à la Grèce, à son histoire et bien d'autres choses la concernant. Les cartes n'ont aucune vocation de précision chronologique et couvrent de grandes périodes.
Nous allons ajouter à cette chronologie, un rappel de la liste des souverains d'Égypte (liste complète ici) de la dynastie ptolémaïque (ou Lagides) fondée par un général dAlexandre, Ptolémée Lagos. Nommé satrape (gouverneur) dÉgypte par Alexandre, il se proclamera lui-même souverain en 305 av. J.-C.
Pour être complets, ajoutons-y la liste des souverains de la dynastie séleucide fondée par Séleucos Ier Nicator (env. 358-281 av. J.-C.) général dAlexandre le Grand. En 321, il obtint la satrapie de Babylonie au partage de Triparadisos en Syrie et devint roi de Babylonie en 312 av. J.-C. En 302 av. J.-C. En 301, suite à la défaite et à la mort du roi de Macédoine Antigonos Monophtalmos, il obtint la Syrie et une grande partie de l'Asie Mineure.
REMERCIEMENTS : Ils vont au Dr.G.R.Farhad Assar (qui termine actuellement un livre sur l'histoire de la Parthie) pour ses précisions sur le calendrier macédonien à Babylone et à Séleucie du Tigre. Ils vont aussi à Chris Bennett pour ses conseils et ses précisons sur le calendrier macédonien en Égypte. Je les remercie vivement tous deux pour leur gentillesse, leur disponibilité et les félicite pour leur travail immense. Pour s'en rendre compte, il suffit de se rendre sur le site de Chris Bennett ici et d'y apprécier à sa juste valeur son travail sur les chronologies égyptienne, babylonienne et romaine entre autres. Heureusement que, sur Calendriers Saga, nous ne parlons que de l'histoire des calendriers et de leur structure. Sinon, si nous parlions chronologie, il n'y aurait plus qu'à faire un lien sur le site de Chris. Heu... si vous y allez, n'oubliez quand même pas de revenir finir la lecture de cette page. LE CALENDRIER : Sans Alexandre le Grand, le calendrier macédonien serait certainement resté un calendrier parmi d'autres comme en connaissaient les Cités de la Grèce voisine. Au fil de ses conquêtes et après la division de l'Empire, il va se propager dans toute l'Asie Mineure et en Égypte. Il ne faut pas croire pour autant que l'Empire macédonien (avant et après sa division) va connaître alors un unique calendrier. Bien au contraire, il va se modifier en se heurtant quelquefois à d'autres calendriers bien plus évolués et précis que lui. A un point tel qu'on ne reconnaîtra de lui plus que les noms des mois. Nous allons essayer de suivre ces évolutions, souvent parallèles sans être identiques, du calendrier macédonien. Nous partirons du calendrier initial et des rapports qu'Alexandre le Grand a eu avec lui. Puis nous examinerons son évolution et changements dans deux lieux où le calendrier "local" avait un degré de sophistication nettement supérieur au calendrier macédonien : Babylone et l'Égypte.
Le calendrier macédonien archaïque au temps de Philippe de Macédoine et d'Alexandre le Grand On est loin de tout savoir sur le calendrier macédonien de cette époque. Et si certains documents nous donnent quelques indications, il faut bien se garder de les généraliser à des périodes trop en arrière ou trop en avant de la période à laquelle ils ont été écrits. - Un calendrier luni-solaire Au temps de Philippe et d'Alexandre, le calendrier macédonien était certainement luni-solaire comme celui des Cités grecques. En revanche, l'année y commençait en automne, certainement après la nouvelle lune qui suivait l'équinoxe d'automne. Comme nous connaissons les noms et l'ordre des mois, nous pouvons dresser un tableau de l'année macédonienne avec la correspondance approximative des mois avec les nôtres.
Comme tout calendrier luni-solaire, le calendrier macédonien devait alors alterner des mois de 29 et 30 jours. Un Papyrus égyptien (de Zénon*) datant du IIIe siècle av. J.-C. atteste que les mois Gorpiaios et Hyperberetaios comptaient ensemble 59 jours, Apellaios 30 jours et Audynaios 29 jours. En était-il de même en Macédoine et à l'époque qui nous intéresse dans ce chapitre ? Mystère. Et, comme tout calendrier luni-solaire, un mois intercalaire était ajouté de temps à autre pour concilier les cycles lunaires et solaires. Pour la période qui nous intéresse, "de temps à autre" est bien la seule chose que l'on puisse dire. Après quel mois était ajouté ce mois intercalaire ? Là aussi, c'est un papyrus (Poxy* 2082) qui va nous donner quelques indications : "... Cassandre, roi des Macédoniens tomba malade et mourut le [21e] jour du mois intercalaire Artemisios. Philippe, le plus vieux de ses fils lui succéda..." Cassandre et Philippe IV nous situent vers 319-305 av. J.-C. A cette époque donc ,au moins, le mois intercalaire se situait après Artemisios. En était-il de même du temps de Philippe de Macédoine et d'Alexandre ? En sera-t-il de même après ? Pour le "après", nous en reparlerons plus loin. Et profitons de la première de ces deux questions pour découvrir un peu les relations qu'entretenait Alexandre avec le calendrier. - Alexandre le Grand et le calendrier macédonien Parlant de la bataille de Granique (334 av. J.-C.) livrée contre les satrapes perses, Plutarque, dans sa vie d'Alexandre écrit : "XXI...D'autres voulaient qu'on observât religieusement, par rapport aux mois, les usages anciens, qui ne permettaient pas aux rois de Macédoine de faire marcher leurs armées dans le mois Daésius. Alexandre, pour réformer cet usage superstitieux, dit qu'à l'avenir ce mois serait appelé le second Artémisius." Nous ne manquerons pas de noter le "à l'avenir" qui suppose un déplacement du mois complémentaire au profit d'un second Artémisios et aux dépens du mois ???. Mystère. Lisons un autre passage de la vie d'Alexandre de Pluturque : "XXXIV. Au siège de Tyr, les troupes d'Alexandre étaient si fatiguées des combats fréquents qu'elles avaient livrés, qu'il en laissait reposer la plus grande partie et n'en envoyait qu'un petit nombre à l'assaut, pour ne pas donner aux ennemis le temps de respirer. Un jour que le devin Aristandre faisait des sacrifices, après avoir considéré les signes que donnaient les victimes, il déclara d'un ton affirmatif, à ceux qui étaient présents, que la ville serait certainement prise dans ce mois-là. Tout le monde fit de grands éclats de rire, et se moqua d'Aristandre; car c'était le dernier jour du mois. Le roi, qui favorisait toujours les prédictions des devins, voyant son embarras, ordonna qu'on ne comptât plus ce jour-là pour le trente du mois, mais pour le vingt-huit" Alexandre
était viscéralement superstitieux et sous l'entière
domination de l'aruspice Aristandre. Plutarque, toujours lui, va nous
le confirmer en écrivant "Depuis qu'Alexandre s'était
abandonné à la superstition, il avait l'esprit si troublé,
si plein de frayeur, que les choses en soi les plus indifférentes,
pour peu Comment concilier cette superstition et ses volontés de conquêtes ? Tout simplement en "trafiquant" le calendrier à sa convenance. Nous venons d'en voir deux exemples. *Papyrus d'Oxyrhynchus. Oxyrhynchus (actuelle al-Bahnasa), située sur une branche du Nil, Bahr Yusuf, à 300 km d'Alexandrie et 160 km du Caire était une ville importante à l'époque Ptolémaïque. * Zenon
: citoyen grec de Caunos, résident à Alexandrie, au service
d'Apollonios préposé aux finances de Ptolémée
II Philadelphe. Les archives de Zénon couvrent deux périodes
: celles de sa vie publique de 261 av. J.-C. à 248 av. J.-C et
celles de 248 av. J.-C à 229 av. J.-C. - Synchronisation calendrier macédonien / calendrier attique Hormis le début de l'année (automne pour le calendrier macédonien, été pour le calendrier attique), peut-on faire correspondre les mois macédoniens et les mois attiques ? Selon E.J. Bickerman, dans sa Chronologie du monde ancien (1969), la réponse semble positive puisqu'il établit une correspondance Hécatombéon (attique) - Loios (macédonien) comme indiquée dans le tableau précédant. Cette correspondance est-elle pérenne ? On peut en douter si on pense à l'ajout anarchique de mois embolismiques dans le calendrier macédonien. En ce qui concerne la Macédoine, étudions quelques textes. - Un
discours de Démosthène Sur la couronne mentionne
une lettre de Philippe de Macédoine à ses alliés
du Péloponèse qui dit, entre autres "Trouvez-vous
en armes et avec des provisions pour 40 jours à Phocis dans le
mois actuel que nous nommons Loios, que les Athéniens nomment Boédromion
et les Corinthiens Panemus". Dans ce texte, il est fait mention de la guerre contre les Locriens de Phocie qui eu lieu en 338 av. J.-C. La correspondance de E.J.Bickerman ne serait donc pas applicable puisque Hécatombéon correspondrait avec Daisios. Mais, il faut quand même noter que ce texte serait considéré comme faux puisqu'il ne correspond à aucune autre donnée. Mais peut-être y a-t-il d'autres raisons à ce manque de correspondance. - Dans sa Vie d'Alexandre (IV) Plutarque écrit que "Alexandre naquit le 6 du mois d'Hécatombéon, que les Macédoniens appellent Loios, le même jour que le temple de Diane fut brûlé à Éphèse." Nous sommes en 356 av. J.-C. C'est la correspondance retenue par E.J.Bickerman. Il convient toutefois de se demander si la correspondance Loios = Hécatombéon est celle qui existait lors de l'événement ou simplement du temps de Plutarque. - Nous avons vu que la bataille de Granique (334 av. J.-C.), le mois était Daésius. (rebaptisé second Artémisius). Dans sa Vie de Camille, Plutarque écrit que cette bataille eut lieu au mois attique Thargélion. Ce qui fait toujours correspondre Hécatombéon et Loios. - Enfin, dans sa Vie d'Aratus, Plutarque écrit "...ils ly enterrèrent, comme le fondateur et le sauveur de leur ville. Cet endroit sappelle encore aujourdhui lAratéion, et on y offre des sacrifices à Aratos, dabord le jour où il a délivré Sicyone de la tyrannie, le 5 du mois de Daisios, que les Athéniens appellent Anthestérion". Il évoque ainsi la libération en 251 av. J.-C. de Sicyone, cité grecque du Pénopolèse par Aratos de Sicyone (271-213 av. J.-C.). Ce qui fait correspondre Hécatombéon avec Dios. Au travers de ce comparatif, on constate qu'il est difficile d'établir que tel mois macédonien correspondait avec certitude à tel mois attique. Seule une connaissance des systèmes d'intercalation permettrait peut-être d'y voir plus clair. Le calendrier macédonien au royaume séleucide et en Parthie Souvenons-nous d'abord que Babylone fut un temps capitale de ce royaume avant d'être abandonnée au profit de Séleucie du Tigre en Mésopotamie et de Antioche en Syrie. Au IIe siècle av. J.-C. la Mésopotamie tombera aux mains des Parthes et Séleucie restera un nud commercial important. -
Premier contact et synchronisation Lorsqu'Alexandre le Grand pénètre pour la première fois à Babylone fin octobre 331 av. J.-C. le calendrier macédonien va être confronté au calendrier babylonien bien plus constitué notamment en ce qui concerne les mois complémentaires positionnés les années 1, 3, 6, 9, 11,14 et 17 dans un cycle de 19 ans. Pour plus de détail voir ici.
Plusieurs textes prouvent que le calendrier macédonien va être synchronisé avec le calendrier babylonien : - Un journal astronomique daté du second mois (Ayaru) de 323 av. J.-C. "[le] 29 ème [jour], le roi meurt. Nuages [dans le ciel]" De son
côté, Plutarque, dans sa Vie d'Alexandre nous dit d'une part
"Le journal de sa vie contient sur sa maladie les détails
suivants : « Le dix- A moment de la mort d'Alexandre, les deux calendriers étaient donc synchronisés au jour près : 29 Daisios = 29 Ayaru. On trouve aussi diverses preuves, confirmées par des spécialistes comme Samuel (Greeek an Roman Chronology), Parker et Dubberstien (Babylonian Chronology) et Alexander Jones (dans divers article), attestant de la pérennité de cette correspondance : Chez Ptolémée, on trouve : - 27 Thot (Égyptien) = 5 Apellaios (Macédonien) = 5 Arahsamnu (Mésopotamien) = 29/10/237 av. J.-C. (Julien) - 9 Thot (Égyptien) = 14 Dios (Macédonien) = 14 Tashritu (Mésopotamien) = 29/10/237 av. J.-C. (Julien) - 14 Tybi (Égyptien) = 5 Xandikos (Macédonien) = 5 Addru (Mésopotamien) = 01/10/229 av. J.-C. (Julien) En ce qui concerne les mois intercalaires, G.R.F. Assar mentionne un "Saros Canon" qui confirme que dans la 13 année d'Alexandre le mois intercalaire Xandikos (Macédonien) correspondait au mois intercalaire Addaru II (Babylonien) qui avait été positionné deux mois plus tôt. Ce qui correspond au 15-16/03/323 av. J.-C. Ces correspondances de dates font dire, à juste titre, à G.R.F. Assar que les Macédoniens adoptèrent le système d'intercalations babylonien avant 323 av. J.-C c'est à dire avant la mort d'Alexandre le Grand. On peut donc, peut-être, considérer comme vraie l'affirmation selon laquelle Alexandre III aurait ordonné, lors de son entrée à Babylone en 331 av. J.-C., la traduction en grec des Astronomical Diaries. Et il en aurait tiré les conclusions qui s'imposaient... Pour autant, les Macédoniens n'avaient pas adopté tel quel le calendrier babylonien. En effet, les Babyloniens débutaient toujours l'année le 1 Nisanu (au printemps) alors que les Macédoniens la débutaient six mois plus tôt le 1 Dios (en automne). Nous pouvons donc dresser le tableau des correspondances pour cette période.
Notons aussi que, selon Jean Malalas (historiographe byzantin,moine d'Antioche, VIe siècle), Séleucos Ier Nicator aurait imposé que les mois babyloniens portent le nom des mois macédoniens. Cette correspondance entre les deux calendriers se poursuivra jusqu'en 48/47 av. J.-C. où il se produira un changement dans l'empire Parthe durant le règne d'Orodès II (57/38 av. J.-C.). C'est à la suite de minutieuses enquêtes numismatiques sur des drachmes (pièces d'argent) et tetradrachmes (4 drachmes) de l'époque que G.R.F. Assar est arrivé à cette date de 48/47 av. J.-C. D'autres ont avancé 15/16 ap. J.-C. (McDowell) ou Bickerman (17/31 ap. J.-C.) mais les preuves numismatiques semblent difficiles à contester. Que se serait-il passé ? Tout simplement un décalage d'un mois qui touche aussi bien le début de l'année que les mois intercalaires. Voyons, sous la forme de tableau, les conséquences de ce décalage.
Pourquoi ce décalage ? On en sait trop rien mais il faut se garder de penser que ce serait forcement la conséquence d'un intercalation supplémentaire. Ce peut aussi être un simple changement dans le nom des mois. Peut-être pour se synchroniser avec un autre calendrier ?? G.R.F. Assar émet l'hypothèse d'une corrélation avec le calendrier d'Antioche dans lequel Hyperberetaios était le premier mois de l'année ( 1 octobre 49 av. J.-C.) depuis la bataille de Pharsalus en août 49 av. J.-C remportée par César contre Pompée. Cette "nouvelle année" à Séleucie du Tigre ne va pas durer éternellement puisque dès 79 ap. J.-C. on va retrouver des preuves d'un retour à l'ancien système (début de l'année = dios ; mois embolismiques = Xandicos et Hyperberetaios). G.R.F. Assar pense que ce "retour" aurait pu se faire sous le règne de Vologese I (Roi Arsacide 51-78 ap. J.-C. Voir ici pour la dynastie complète) auteur de nombreuses réformes. Le calendrier macédonien en Égypte Ce n'est pas un mince affaire que celle de vouloir comprendre l'évolution du calendrier macédonien en Égypte. Et ce n'est pas Chris Bennett, que je remercie encore pour ses conseils et auquel j'ai emprunté beaucoup de dates, qui me contredira. Il est pourtant intéressant de voir comment va se comporter la calendrier lunaire macédonien face à un calendrier solaire très sophistiqué comme l'était le calendrier civil égyptien (12 mois de 30 jours + 5 épagomènes). Et de se demander comment ils pouvaient être synchronisés. On ne touche pas au calendrier égyptien ! Et il ne faut pas
oublier une règle simple mais catégorique : on ne touche
pas au calendrier égyptien. Le philosophe et savant romain Nigidius
Figulus (Publius) (98 av. J.-C. - 45 av. J.-C.) rappelle cette règle
dans un texte "...
avant qu'être investi des insignes royaux le roi [d'Égypte]
était emmené par le prêtre d'Isis au sanctuaire intérieur
du temple Apis à Memphis où il devait jurer solennellement
qu'il n'intercalerait pas de mois ou de jours et qu'il maintiendrait l'année
de 365 jours...". Nous avons vu dans la page consacrée
au calendrier égyptien
que la tentative de Ptolémée III de transgresser cette règle
quasi sacrée par le décret de Canope fit un flop quasi général
bien que, selon Chris Bennett, la "réforme canopique"
aurait été appliquée par quelques administrations
locales égyptiennes jusqu'au milieu du règne de Ptolémée
IV soit entre la 9e année du règne de Ptolémée
III et la 9e année du règne de Ptolémée IV
(dernière darte connue) Les avatars du calendrier macédonien en Égypte Avant de se lancer dans une étude bien sommaire qui pose plus de questions qu'elle ne donne de réponses, il est bon de "planter le décor" et de se demander si la pièce qui va se jouer tient du grand spectacle ou du théâtre de quartier. Lisons deux textes : "En Égypte, l'année macédonienne n'était, à proprement parler que l'année municipale d'Alexandrie ; cette variation ne pouvait produire un bouleversement général dans les habitudes du pays ; je ne connais pas, en Égypte, une seule date purement macédonienne". F. Robiou Recherches sur le calendrier macédonien en Égypte (1877) "L'influence étrangère impose des rapprochements dans tous les domaines, mais les cultures ne fusionnent pas" C. Orrieux. Les papyrus de Zénon. (1983). Pour résumer, le calendrier égyptien ne va pas changer d'un iota face au calendrier macédonien qui ne va pratiquement concerner que "la maison royale". Maintenant que le décor est planté, jouons la pièce. Sans oublier qu'il existe plusieurs scénarios possibles. Acte I : un personnage central (le calendrier) aussi mystérieux que bizarre C. Bennett s'étonne, à juste titre, que Ptolémée II ait adopté pour le calendrier macédonien un système d'intercalation biennale obsolète alors qu'il avait sous la main les meilleurs savants de l'époque. Une hypothèse serait que Ptolémée II voulait "emmerder" les Séléucides en leur montrant qu'il était plus Macédonien qu'eux. J'avoue que, pour ma part, j'aime bien cette idée. Elle suppose que les Macédoniens pratiquaient cette intercalation tous les deux ans depuis Alexandre. C'est ce que pense Grybek dans son livre Du calendrier macédonien au calendrier ptolémaïque (livre que je n'ai pas pu me procurer puisqu'il est épuisé) en avançant que ce système était celui d'Alexandre et de Ptolémée I. Un papyrus (P. Hibeh 1.77) daté de l'année 40 du règne de Ptolémée I mois Dios mentionne que le mois Panemos qui suit tombera au moment du vannage du blé. Ce qui tendrait à établir que le calendrier macédonien était bien "calé" par rapport à l'année tropique. Ce qui semble certain, c'est que jusqu'au règne de Ptolémée V le calendrier macédonien des Lagides va passer par tous ses états. Prenons pour exemple les mois intercalaires qui sont un bon indicateur de la maîtrise d'un calendrier luni-solaire. A y regarder de loin, on peut pense que jusqu'à Ptolémée V le mois complémentaire est Peritios II Mais, en l'an 4 de
Ptolémée III, on trouve un Hyperberetaios embolismos (P.
Cair. Zen. 4.59571) Et il y a pire ! C. Bennett signale que l'archéologue Willy Clarysse (Archiv fur Papyrusforschung 48 (2002), p.99 ) "trouve" un Hyperberetaios embolismos pour l'année 22 du règne de Ptolémée III et il existe un Péritos embolismos pour l'an 20 du même Ptolémée III. Et pour que chacun des mois concorde avec l'autre (il s'agit de textes avec double datation), il faut obligatoirement un autre mois embolismique entre eux. Ce qui nous donne trois mois intercalaires en moins de deux ans. Qui dit mieux ? Ptolémée III, ça ne vous rappelle rien ? Un certain décret de Canope, non ? Serait-on tombé sur un obsédé des mois ou des jours intercalaires ?? Bien entendu, je plaisante. Soit on se trompe dans les dates soit les Lagides avaient leurs raisons. Et, en ce qui concerne le calendrier égyptien, Ptolémée III avait trouvé la méthode pour ne plus faire dériver le calendrier égyptien. Quoiqu'il en soit, il est bien difficile dans ces conditions de trouver une synchronisation entre le calendrier égyptien civil et le calendrier macédonien. Acte II : Fausse assimilation du calendrier macédonien avec le calendrier égyptien ? Sous les règne de Ptolémée V et Ptolémée VI , on trouve des doubles dates suivantes (fournies par C. Bennett) :
Si les dates en rouge dans le tableau n'avaient pas existé, on aurait pu dire que, dans la 4e année du règne de Ptolémée V, le calendrier "solaire" égyptien avait eu raison du calendrier lunaire macédonien. Mais ces dates existent, ce qui donne à penser que le calendrier macédonien a survécu en tant que calendrier lunaire jusqu'à la mort de Ptolémée VI. Il n'est reste pas moins vrai que la synchronisation se fait entre les deux calendriers aux dépens du calendrier macédonien dont, petit à petit, la seule singularité reste le début de l'année : Thot pour le calendrier égyptien contre Dystros pour le calendrier des Lagides. Acte III : La synchronisation parfaite La précédente étape va se poursuivre sous le règne de Ptolémée VIII, précisément jusqu'à sa 53e année (118-117 av. J.-C.) où on trouve pour la première fois une date 17 Xandikos = 17 Mekhir (pTebt 25) qui montre une parfaite concordance des deux calendriers qui s'établit comme suit :
Le calendrier lunaire
macédonien des Lagides est mort "avalé" par le
calendrier égyptien. Seuls les noms des mois restent et ce système
durera au-delà de la prise de possession du pouvoir par des Romains
en 30 av. J.-C. Lisons un autre passage du livre de Claude Orrieux. "Les Antigonides ont leur capitale à Pella en Macédoine, berceau de l'empire d'Alexandre, les Séleucides ont la leur à Antioche, près de la côte syrienne, et les Lagides rayonnent autour d'Alexandrie. [...] En réalité, les monarchies hellénistiques sont la simple résultante des forces militaires. [...] Là où nous voyons une indéniable unité culturelle qui a conduit J.G. Froysen à forger le concept de "monde hellénistique", les contemporains ne discernaient qu'une succession prodigieuse d'exploits réalisés par des individus jouissant de la faveur des dieux. [...] Les rois tiennent leur trône d'une querelle d'héritage muée en combat des chefs." Si on applique ces phrases au calendrier macédonien, on constate à quel point elles sont vraies. Un héritage de noms de mois et, après, un combat des chefs sur leur structure qui voudrait qu'au lieu de parler de "calendrier" macédonien" il serait plus juste de parler de calendrier antogonide, de calendrier seleucide et de calendrier lagide tant leur évolution est différente. On peut
même en rajouter au caractère hétéroclite du
calendrier macédonien quand on sait que la correspondance Thot
= Dystros sera poursuivie à Cyrène (En 323, Ptolémée
Ier rattache la Cyrénaïque à l'Egypte) après
la correspondance Thot = Dios pratiquée en Égypte par Ptolémée
VIII. Une branche de plus au calendrier macédonien...
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