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Le
calendrier julien
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Cette page est la seconde d'une série de trois volets qui nous mènent des calendriers romains primitifs au calendrier grégorien actuel en passant par le calendrier julien. UN PEU D'HISTOIRE : NOTE : Il existe beaucoup de livres et pas moins de sites Internet expliquant l'histoire romaine de ses débuts à sa disparition. Aussi, notre "brin d'histoire" ressemblera plus à une Chronologie qu'à des explications détaillées. Son but essentiel sera de nous positionner dans le temps pour suivre l'évolution de nos calendriers. La chronologie de chaque page correspond aux calendriers expliqués dans la page. Elle se poursuit donc sur les trois volets évoqués en préambule. Continuons le condensé de notre chronologie de l'histoire romaine et projetons nous à la fin de la république. Caius Julius César naît à Rome en 101 av. J.-C.
Après quelques différents avec le Dictateur Sylla, il est contraint de partir en Asie mais revient à Rome à la mort de Sylla. Il devient Grand Pontife en 63 av. J.-C. Il s'allie en 60 av. J.-C. avec Crassus et Pompée pour fonder le premier Triumvirat. Il devient Consul en 59 av. J.-C. et Proconsul de la Gaule cisalpine et transalpine en 58 av. J.-C. En 53 av. J.-C. Crassus meurt face à Parthes et ses légions sont anéanties. Un seul homme se dresse encore contre César pour la conquête du pouvoir : Pompée. En 49 av. J.-C. César franchit le Rubicon et marche sur Rome ; c'est le début de la guerre civile. En 48 av. J.-C. Pompée prend la fuite vers l'Égypte poursuivi par César. Il y est assassiné en 48 av. J.-C. et César donne le trône à Cléopâtre. César se fait nommer Dictateur en 45 av. J.-C. puis obtient la dictature perpétuelle en 44 av. J.-C. Il peut alors légiférer à son aise, réformer les institutions et... le calendrier sur les conseils d'un astronome d'Alexandrie du nom de Sosigène. César est assassiné le 14 mars 44 av. J.-C. par son fils adoptif Brutus Marcus Junius. Cette mort entraîne les Romains dans une troisième guerre civile. Le 20 mars 44 av. J.-C. la lecture du testament de César fait d'Octave son héritier qui accepte.
Octave deviendra empereur sous le nom d'Auguste de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C. Et c'est le début d'une longue liste d'empereurs dont : - Tibère qui succède à Auguste et règne de 14 à 37 - Le second qui nous intéresse est Domitien qui va diriger l'empire de 81 à 96 - Et le dernier concerné par le calendrier est Constantin dont le règne se poursuit de 324 à 337. L'Empire Romain se terminera en Occident en 476. Deux mots sur Sosigène et son environnement : Pour diverses raisons, dont Cléopâtre, César avait pris goût à l'Égypte. Grâce à Ptolémée, général d'Alexandre le Grand, qui se proclamera Roi d'Égypte en - 305 sous le nom de Ptolémée Ier Sôter, Alexandrie accueillit des savants de tous horizons. Il fonda la Grande Bibliothèque. Se succèdent à Alexandrie une longue lignée d'astronomes de renom : - Aristarque ( vers - 270) qui conçut une horloge solaire, des observations sur le Soleil et osa avancer que la terre se déplaçait par rapport au soleil. - Eratosthène (- 276 - 194) qui mesura l'inclinaison de l'axe de la Terre. - Hipparque, vers - 130 découvrit la précession des équinoxes et calcula la durée de l'année solaire à six minutes près (365 jours, cinq heures et cinquante cinq minutes). - Plus tard, Claude Ptolémée (100, 170), Grec et citoyen romain, qui écrivit une immense Encyclopédie astronomique et géographique qui fera référence pendant plus de dix siècles. Il emprunta à Hipparque son estimation de la durée de l'année solaire.
LE(S) CALENDRIER(S) : La réforme par César du calendrier romain donnera naissance à un calendrier purement solaire. Plutarque dit que "César en appela aux meilleurs philosophes et mathématiciens de son temps" pour établir le premier calendrier. Bien entendu, Sosigène était du nombre. Nous avons vu dans le volet précédent que l'année avant la réforme se présentait ainsi :
Nous avons vu aussi qu'en 46 av. J.-C. le calendrier romain avait plusieurs mois de retard sur le cycle solaire à cause d'une distribution désordonnée des mois intercalaires. César lui-même n'y était pas étranger puisque, bien que Grand Pontife depuis -63, il n'aurait décrété qu'une fois un mois intercalaire. Le problème de la réforme était double : - Rattraper le temps perdu. - Mettre en place le nouveau calendrier. 1) Pour régler le premier problème la solution fut radicale : César ordonna d'ajouter à l'année 46 av. J.-C. deux mois intercalaires de 33 et 34 jours entre november et december. Ces ajouts venaient en plus d'un mois intercalaire classique en fébruarius. 90 jours furent ainsi ajoutés à la seule année 46 av. J.-C. qui compta 445 jours. Pour en savoir plus sur ce sujet, voir la page consacrée aux confusions du calendrier julien. Macrobe, écrivain latin (IV ème - V ème) désigna cette année comme ultimus annus confisionis (la dernière année de confusion). 2) Le problème du retard calendaire réglé, le nouveau calendrier suivit dès 45 av. J.-C. On peut le définir comme suit : - Confirmation du début de l'année le 1 januarius. Nous pouvons considérer qu'il s'agit d'une simple confirmation. Nous en reparlerons plus loin en abordant le délicat problème du début de l'année dans l'histoire romaine. - Respect de l'équinoxe de printemps fixée au 25 mars. Selon Pline (Histoire Naturelle XVIII), César a placé les équinoxes et les solstices au 8 avant les calendes d'avril, de juin, d'octobre et de janvier soit aux 25 mars, 24 juin, 24 septembre et 25 décembre. - Année de 365 jours avec un 366 ème jour tous les quatre ans. - Le jour en plus tous les quatre ans serait placé avant le 24 februarius (ou après selon les interprétations, ce qui revient strictement au même dans les faits). Le 24 février portait le nom de sextilis ante calendar martius et le jour supplémentaire bis sextilis ante calendar martius d'où "année bissextile" et "bissexte". - Le nombre de jours des mois fait l'objet de deux interprétations chez les auteurs actuels. Je vous les livre donc toutes deux. A) Première interprétation (sources historiques inconnues) : Dans un premier temps, il y aurait eu stricte alternance des mois de 31 et 30 jours à l'exception de fébruarius qui aurait compté 29 jours (30 pour les années bissextiles). En 44 av. J.-C., sur proposition d'Antoine, quintilis devint julius en hommage à Jules César. A ce moment, l'année se serait présentée ainsi :
note : nous laissons les mois Januarius, Junius et Julius écrits avec un J. Mais la lettre J était-elle déjà inventée ? Sinon, il faudrait écrire Ianuarius, Iunius et Iulius. Sous Auguste, le Sénat voulut honorer son Empereur pour une raison que nous évoquerons plus loin et donna son nom à sextilis qui devint augustus (Août). Bien entendu, le nombre de jours d'août ne pouvait en avoir moins que julius et passa donc à 31 jours. Ce jour supplémentaire d'augustus fut compensé par un jour de moins en fébruarius qui passa donc à 28 jours (29 pour les années bissextiles). De plus, afin d'éviter une succession de trois mois de 31 jours, on inversa la durée des mois en september, october, november, december et l'année se présenta ainsi :
B) Seconde interprétation : Pour cette version, les sources existent et j'en cite une : "Pour cela, aux trois cent cinquante-cinq jours qui composaient l'année, il (César) en ajouta dix, qu'il répartit entre les sept mois de vingt-neuf jours, de manière à ce que janvier, août et décembre en prissent deux, et les autres un seulement; et ces jours supplémentaires ne furent placés qu'à la fin du mois, pour que les fêtes religieuses de chaque mois y conservassent leur date. Et voilà pourquoi, aujourd'hui, bien que nous ayons sept mois de trente et un jours, il en est quatre qui, grâce à cette institution, se distinguent des autres en ce sens, que, pour ces quatre mois, les nones tombent le 7, tandis que, pour les autres, elles tombent le 5." Censorin, De Die Natali, Chap. XX En 44 av. J.-C., sur proposition d'Antoine, quintilis devint julius en hommage à Jules César et, plus tard, sextilis devint augustus. A ce moment, l'année se serait présentée ainsi :
Commentaires sur les deux interprétations : On peut constater que ces deux interprétations arrivent au même résultat mais la deuxième ne passe pas par une réorganisation du nombre de jours des mois à l'époque d'Auguste puisque, dès César, l'année a sa forme définitive. Un fragment de papyrus (pOxy 61.4175) dont l'analyse a été publiée en 1999 nous permet d'en savoir plus sur cette question. Ce papyrus est un éphéméride d'étoiles à la fois dans le calendrier égyptien et dans le calendrier romain. Il daterait de 730 A.U.C. (24 av. J.-C.) . La correspondance des deux calendriers permet d'établir que Kal. Sex. = 8 Mesorê et que Kal. Sept. = 4 Thot. Donc, bien avant Auguste, le mois sextilis comptait déjà 31 jours ce qui accrédite la seconde interprétation. Quant au changement de sextilis en augustus, il aurait eu lieu lors de la réforme d'Auguste en 746 A.U.C. (8 av. J.-C.) Quelle que soit la méthode exacte, le calendrier julien était né. Il ne fallut pas attendre beaucoup pour qu'une erreur se produise puisqu'en 44 av. J.-C. (peu de temps après la mort de César), le collège des Pontifes - encore eux - compta une année bissextile tous les trois ans au lieu de quatre. Cette erreur est certainement due à la manie des Romains de compter pour 1 le début d'un décompte (comme nous l'avons déjà vu). Ils ont donc certainement compté 1,2,3,4 au lieu de 0,1,2,3,4 (et pour cause !! le zéro n'existait pas encore). Cette erreur fit long feu puisqu'elle ne fut constatée qu'en l'an 8 av. J.-C. Pendant 36 ans, 12 jours furent intercalés au lieu de 9. Auguste fit corriger cette erreur en décrétant que trois années bissextiles seraient supprimées (en 12 ans donc). Ce serait cette participation au calendrier qui lui aurait valu d'avoir un mois portant son nom. Pour en savoir plus sur le démarrage erratique du calendrier julien et les corrections faites par Auguste, voir la page consacrée aux confusions du calendrier julien. Des successeurs (ou "bonne volontés" de ces successeurs) d'Auguste tentèrent en vain d'introduire leur nom dans le calendrier (Néronius en avril, Claudius en mai, Germanius en juin, Tibérius en septembre. Pour le dernier, ce fut Tibère en personne qui s'y opposa. Ce calendrier julien, avec le découpage de ses mois, pouvait se reproduire d'année en année sans aucune modification. En voici la structure : Structure d'un mois : Prenons, par exemple, le mois de janvier (Januarius ou Ianuarius)
Pour les autres mois, on dira :
Structure de l'année : Simplifions un peu pour nous intéresser juste à la structure générale
* On trouve aussi quelquefois a. d. VI. Kal. Mart. posteriorem pour le 24 et a. d. VI. Kal. Mart. priorem pour le 25 Que manquait-il à ce calendrier pour qu'il devienne celui que l'on connaît de nos jours ? 1) Une légère correction de durée que nous verrons dans le dernier volet. 2) L'introduction des semaines. Nous allons voir la dernière de ces modifications mais, avant, détendons nous un instant et essayons d'interpréter un calendrier de l'époque.
Il s'agit ici d'un calendrier pré-julien mais la présentation restera la même après la réforme. On peut voir en haut
le nom des mois (JAN, FEB, MAR...) précédé d'un k
pour Kalendae. Après ce petit exercice, revenons à ce qui manque encore dans le calendrier julien : la semaine. Elle existait déjà dans les calendriers chaldéens et hébreux. Les chrétiens s'inspirèrent de ce modèle. Au premier siècle de notre ère, les chrétiens honoraient encore le sabbat juif. Peu à peu, ils consacrèrent au Seigneur plutôt le jour de la Résurrection, lendemain dun sabbat, et cétait devenu courant au 2e siècle.
En 312, l'Empereur Constantin, devenu chrétien, décrète la fin des persécutions contre les chrétiens. A ce sujet, il semble que Constantin était tout disposé à "adopter" n'importe quelle religion pourvu qu'elle serve ses intérêts politiques. Mais, après tout, c'était son problème. Il n'en reste pas moins vrai qu'il introduisit la religion dans le calendrier julien. Sans toucher au calendrier lui-même (longueur de l'année et découpage en 12 mois) il fit trois modifications d'importance : - Introduction du dimanche comme jour férié dans la semaine de 7 jours par un édit de 321. - Reconnaissance officielle des fêtes chrétiennes à date fixe. - Reconnaissance officielle de la fête de Pâques comme fête mobile lors du Concile de Nicée en 325. Pâques sera "en tout lieu célébrée le même jour". Oui, d'accord !! mais...quand ? Le concile de Nicée ne le dit pas. Il ne restait donc plus qu'un problème à régler pour que le calendrier julien devienne le calendrier utilisé de nos jours : adapter dans la durée la longueur de l'année à l'année tropique. C'est ce que nous allons voir dans notre dernier volet. Le début de l'année dans les calendriers romains Quand débutait l'année dans les différents calendriers romains ? La question serait simple s'il n'y avait eu qu'un type d'années. Mais les Romains connaissaient l'année religieuse, l'année des magistratures, l'année civile, peut-être l'année agricole... Joannes Lamentius Lydus, dit Jean le Lydien (1 ère moitié VI ème siècle) écrit dans De mensibus (Des mois) 3.22 que les Romains faisaient la distinction entre l'année "religieuse" commençant en janvier et l'année "traditionnelle" débutant en mars. Cette distinction n'a pas de quoi nous étonner. Nous-mêmes ne connaissons nous pas l'année civile, l'année scolaire, l'année parlementaire... ? Annette Flobert, dans sa traduction de l'Histoire romaine de Tite-Live, écrit en note de traduction livre III.36 : L'année civile commençait en septembre (ides ou calendes) jusqu'en 479 av. J.-C. [275 A.U.C.], elle fut ensuite avancée d'un mois (ides ou calendes d'août). Fixée aux ides de décembre de 449 [305 A.U.C.] à 401 [353 A.U.C.], elle évoluera entre mars et octobre jusqu'en 153 [600 A.U.C] (1 er janvier). Regardons de plus près cette année 600. Dans son Histoire romaine, livre IV, chap 1, Mommsen écrit qu'en l'an 600 " Conduits par un chef du nom de Punicus, les Lusitaniens se jetèrent sur la province romaine, battirent les deux préteurs réunis, et leur tuèrent beaucoup de monde. Les Vettons (entre le Tage et le Haut-Douro) saisirent aussitôt loccasion de faire cause commune avec eux ; et, renforcés par ces nouveaux alliés, les Barbares poussèrent leurs incursions jusquà la Méditerranée. Ils ravagèrent même le pays des Bastulo-Phéniciens, non loin de la capitale romaine de Carthage la Neuve (Carthagène). Leurs attaques parurent assez sérieuses à Rome, pour quon sy décidât à lenvoi dun consul sur les lieux, ce qui ne sétait pas vu depuis, 559 [195 av. J.-C.]. Et comme il y avait urgence à faire partir les secours, les deux consuls entrèrent en charge deux mois et demi à lavance. A cette cause se rapporte linvestiture des fonctionnaires annuels suprêmes, placée désormais au 1er janvier, au lieu du 15 mars. Par suite, le commencement de lannée fut fixé à la même date, usitée depuis lors jusquà nos jours." C'est donc bien à partir de cette année 600 A.U.C. que le début de l'année fut fixé au premier janvier. Mommsen écrit plus loin dans son ouvrage que " jusqu'en 600, l'année officielle des hauts magistrats, consuls, préteurs, édiles curules, et plus tard aussi des édiles plébéiens, allait du 15 mars au 14 mars, celle des tribuns du peuple courait du 10 décembre au 9 décembre, sans toucher d'ailleurs à l'année civile du 1 er mars à la fin février. Mais à partir de 601, la nouvelle année officielle des magistrats curules, du 1 er janvier à la fin décembre, va constituer aussi l'année civile usuelle. Nous voyons, par des indications précises, qu'il en est ainsi dès le VII ème siècle de Rome; et dès lors, on ne peut placer ce changement à une date postérieure, par ex. à celle de la réforme du calendrier par César." Mais les traditions ont la peau dure et des solennités se référant à l'ancien nouvel an du mois de mars ont toujours lieu, renouvellement du feu et des lauriers dans le temple de Vesta, enlèvement des boucliers sacrés pendus aux murailles de l'ancien palais des rois... Et, comme nous l'avons écrit plus haut, César devra bien confirmer l'abolition du nouvel an du calendrier ancien le premier mars pour y substituer définitivement le premier janvier.
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