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Le
calendrier grec I
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UN PEU D'HISTOIRE :
Afin de repérer les différents événements relatifs au calendrier en Grèce, nous allons voir rapidement les grandes périodes de l'antiquité en Grèce puis une chronologie un peu plus détaillée jusqu'à la mort d'Alexandre le grand. Les événements concernant directement le calendrier seront notés en rouge. Les grandes périodes de la Grèce antique :
Chronologie un peu plus détaillée (les événements liés directement au calendrier sont en rouge) : Bien entendu, toutes les dates sont avant J.-C
LE(S) CALENDRIER(S) :
Avertissement
: Même si nous évoquons de temps à autre d'autres
calendriers grecs, cette page est particulièrement consacrée
au calendrier Attique et à son évolution. Pourquoi ne pas traiter dans son ensemble le calendrier de la Grèce antique ? Tout simplement parce que nous allons aborder, dans un premier temps, le calendrier des fêtes religieuses et que pratiquement chaque Cité grecque avait ses propres fêtes et, du coup, ses propres noms de mois et son propre début d'année. Dès le IVe siècle av. J.-C. Aristoxène de Tarente, philosophe et musicien écrivait que "lorsque les Corinthiens en sont au dixième jour, les Athéniens n'en sont qu'au cinquième, d'autres en sont au huitième". Elem. harmon. Plutarque
écrira plus tard : "Ils ont mené cette bataille
le quatrième jour du mois Boedromion, selon les Athéniens,
mais selon le Béotiens, le vingt-sept de Panemus ;[...] Il ne faut
pas s'étonner de cette irrégularité dans les mois
des Grecs, car encore de notre temps que la science de l'astronomie est
plus cultivée et plus exactement approfondie, les uns commencent
leurs mois lorsque les autres finissent les leurs." Aristides
§58 Ceci étant précisé, entrons dans le vif du sujet. A la recherche de la grande année. Je
tiens à vous rappeler deux chiffres parce que nous allons courir
après tout au long de cette étude sur les calendriers grecs
: Je dis nous mais il ne faut pas croire pour autant que cette course était le passe-temps favori des Grecs de la période antique. C'était plutôt celui des astronomes de l'époque et leurs découvertes eurent peu ou prou (quand ce n'est pas aucune) d'incidence sur la vie quotidienne. J'ai titré cette partie "à la recherche de la grande année". Cette expression grande année, empruntée à Censorin (Du jour natal XVIII) serait celle qui réconcilierait les mois lunaires et les années solaires. Dans une grande année de x années solaires, il y aurait un nombre entier de mois lunaires. Bref, à la recherche de la quadrature du cercle. Laissons à Géminus (Introduction aux phénomènes célestes) le soin de nous expliquer la nécessité de construire un calendrier... luni-solaire (voilà qui est dit !) : Les anciens se proposaient de régler les lois sur la Lune et les années sur le Soleil. Car les trois sortes de sacrifices que les lois et les oracles prescrivaient étaient, suivant les coutumes de leurs pères, ceux qui devaient se faire de mois en mois, ceux qui étaient fixés à de certains jours et ceux qui ne revenaient que chaque année. Tous les Grecs s'appliquèrent donc à faire accorder les années avec le Soleil, et les jours et les mois avec la Lune. On tâchait de faire accorder les années avec le Soleil, pour faire aux Dieux, toujours dans les mêmes saisons de l'année, les sacrifices prescrits, de sorte que celui qui devait se faire au printemps se fit effectivement dans le printemps; dans l'été celui de l'été [...] Les Grecs se devaient donc de maintenir en phase année solaire et mois lunaires pour des motifs religieux. Les calendriers agricoles Et la vie quotidienne ? Et les tâches saisonnières de l'agriculture ? Eh bien, pendant des siècles, des calendriers de la vie pratique (dits parapegmes) liant travail quotidien et événements astronomiques simples eurent un grand succès et se multiplièrent. Il est d'ailleurs étonnant que des savants réputés (Méton, Eudoxe, Calippe, Hiparque...) y collaborèrent puisqu'il s'agissait de calendriers plutôt solaires alors que dans le même temps ils s'échinaient à accorder les deux chiffres cités plus haut pour en arriver à un calendrier luni-solaire très strict. Ces calendriers parapegmes changeaient d'une Cité à l'autre et vivaient leur vie sans aucune coordination. Voici à quoi ressemblait un tel calendrier pratique tel qu'il était écrit par Hésiode dans Les travaux et les jours (VIIème siècle avant notre ère) : Lever
matinal des Pléiades. Les limaçons se montrent ; on aiguise
les faucilles et la moisson commence. Si, à défaut de savoir repérer les Pléiades dans le ciel, vous êtes un spécialiste de la première apparition annuelle des limaçons ou du chant des cigales, vous pourrez mettre une date devant chaque événement. Je vous mets sur la piste : la première ligne correspond au 17 mai de notre calendrier. Voir ici l'étude complète consacrée au calendrier d'Hésiode Essayons maintenant de suivre l'évolution de la précision de la grande année et donc celle des différents calendriers luni-solaires que connurent les Grecs dont les premiers se perdent dans la nuit des temps. Les calendriers luni-solaires 1) Un calendrier lunaire de 354 jours Hoefer (Histoire de l'astronomie) et Ideler (Historische Untersuchungen über die astronomischen Beobachtungen der Alten) s'accordent à dire que les premiers calendriers grecs furent essentiellement lunaires. Le mois débutait à la nouménie qui était l'instant ou la Lune, sous forme de croissant, commençait à devenir visible après la conjonction Soleil/Lune (nouvelle lune). Il se terminait à la nouménie suivante. De ce fait, la Pleine Lune occupait le milieu du mois ce qui lui valu le nom de dichoménie. Cette année lunaire de 354 jours devait donc certainement comporter des mois de 29 et 30 jours qui furent appelés (à l'époque ou plus tard ?) respectivement creux et pleins. 2) Un calendrier luni-solaire avec des mois de 30 jours Plus tard, on ne sait trop quand mais déjà du temps d'Hésiode en tous cas, les Grecs donnèrent 30 jours aux 12 mois de l'année. Et ils commencèrent à intercaler. Le pas était franchi et le calendrier luni-solaire était en train de naître. Lisons ce qu'écrit Censorin à ce sujet : "Plusieurs anciennes cités de la Grèce, ayant remarqué que, pendant l'année qu'emploie le soleil à accomplir sa révolution, il y avait quelquefois treize levers de la lune, et que cela arrivait une fois tous les deux ans, ont pensé qu'à l'année solaire répondaient douze mois lunaires et demi ; elles établirent donc leurs années civiles de manière à ce que, par une intercalation, les unes se composassent de douze mois et les autres de treize, appelant année solaire chacune d'elles prise isolément, et grande année la réunion de deux année solaires. Et cet espace de temps était appelé triétéride, parce que l'intercalation d'un mois avait lieu à chaque troisième année, bien que cette révolution n'embrassât que deux ans, et ne fût en réalité qu'une diétéride" Quelques commentaires sur ce texte : - Plusieurs anciennes cités de la Grèce : Dit autrement et en ajoutant ce qu'on sait par ailleurs chaque Cité-Etat avait ses propres noms de mois basés sur des noms de fêtes ou de dieux associés à ces fêtes, commençait l'année un mois ou un autre et plaçait les mois embolismiques à sa guise l'une ou l'autre année. - La période triennale était en fait biennale mais l'intercalation se faisait après deux ans révolus comme si c'était dans la troisième année. Avec cette période biennale, l'écart par rapport au Soleil était théoriquement de(360 X 24 + 30) - (365,25 X 2) soit 19 1/2 jour et de (360 X 24 + 30) - (29,53 X 25) par rapport à la Lune soit 11 3/4 jour .
3) Un calendrier luni-solaire avec des mois de longueur variable Nous arrivons à l'époque de Solon vers 600 av. J.-C. Il trouve que le mois ne compte pas 30 jours et on peut raisonnablement penser que ce fut lui qui alterna les jours pleins de 30 jours et creux de 29 jours. Il introduit les dénominations d'ancien et de nouveau comme on peut en avoir une preuve sous la plume de Plutarque : "Solon avait observé l'inégalité des mois ; il avait vu que le mouvement de la Lune ne s'accordait ni avec le lever ni avec le coucher du Soleil ; que souvent en un même jour elle l'atteignait et le devançait. Il régla que ce jour serait appelé ancien et nouveau : il attribua au mois qui finissait la partie du jour qui précédait la conjonction ; et la partie qui la suivait, au mois commençant. [...] Solon appela le jour suivant néoménie." En gardant le mois embolismique de 30 jours, cette alternance des mois de 30 et 29 jours fit que la période de 2 ans fut raccourcie de 12 jours. L'écart par rapport à la Lune passa à 6 heures environ et à 7 1/2 jours (trop longue) par rapport au Soleil. Il fallait donc oublier un mois intercalaire de temps à autre. 4) Une période de quatre ans ? Si l'on en croit Censorin, la période de deux ans (appelée triennale) aurait été suivie par une période quadriennale (appelée quinquennale). Geminus n'en parle pas, mais Censorin écrit : "Ayant plus tard reconnu leur erreur, les anciens ont doublé cet espace de temps, et établi la tétraétéride, qui, parce qu'elle revenait à chaque cinquième année, fut nommée pentaétéride. Cette formation de la grande année par la réunion de quatre années solaires parut plus commode ; car, l'année solaire se composant de trois cent soixante-cinq jours et un quart environ, cette fraction permettait d'ajouter, tous les quatre ans, un jour plein à la quatrième année." Comment était construite cette période de 4 ans si elle a existé ? Mystère. 5) Naissance de l'octaëtéride Vers 450 av. J.-C. un astronome appelé Cléostraste de Ténédos proposa un système d'intercalation sur 8 ans, d'où son nom de cycle octaétéride. Ce système fut réellement adopté par les Grecs et employé couramment. Geminus le décrit ainsi : "Les anciens s'étant bientôt convaincus par les apparences du Soleil et de la Lune, que dans la trétéride les jours et les mois ne s'accordaient pas avec la Lune, ni les années avec le Soleil ; ils cherchèrent une période qui eût cette propriété, et qui contînt des jours, des mois et des ans entiers. D'abord, ils formèrent la période de 8 ans (octaëtéride) composée de 99 mois, dont trois sont intercalaires, et qui contient 2922 jours. Voici comment ils disposèrent cette période : l'année solaire étant de 365,25 jours, et l'année lunaire de 354, on prit l'excès du premier de ces deux nombres, c'est-à-dire 11,25 jours huit fois, et l'on eut 90 jours ou trois mois de 30 jours chacun, et en les intercalant dans le cours de 8 années, les fêtes revinrent à leur propre saison. Ces mois intercalaires furent insérés après la 3 ème, la 5 ème et la 8 ème année, et les autres mois furent comptés alternativement de 29 et 30 jours." Censorin, lui, sur le même sujet, écrit : "[qu']on établit l'octaétéride, qu'on appela ennéaétéride, parce qu'elle reparaissait à chaque neuvième année ; et cet espace de temps fut considéré, par presque toute la Grèce, comme la véritable grande année, parce qu'elle résulte d'un nombre d'années naturelles sans fraction, comme cela doit avoir lieu pour toute grande année. Celle-ci, en effet, se composait de quatre-vingt-dix-neuf jours pleins et huit années naturelles aussi sans fraction. L'institution de cette octaétéride est généralement attribuée à Eudoxe de Cnide; mais c'est à Cléostrate de Ténédos qu'appartient, dit-on, l'honneur de l'avoir inventée. Ainsi ont fait Harpalus, Nautélès, Mnésistrate, et d'autres encore, parmi lesquels Dosithée, dont le travail a pour titre : l'Octaétéride d'Eudoxe." Geminus nous en apprend plus que Censorin sur la structure de cette période. En revanche, Censorin nous confirme l'intérêt que lui accordèrent les Grecs et nous donne le nom de son inventeur. A propos des intercalations, Macrobe (Saturnales XIII) avance que "Ils [les Grecs] intercalèrent donc, chaque huitième année, quatre-vingt-dix jours, qu'ils divisèrent en trois mois de trente jours chacun. " Bien entendu, il faut entendre "à la fin de la 8 ème année" l'expression "chaque huitième année". Qui de Geminus ou de Macrobe a raison ? Quand on sait qu'elle importance les Grecs apportaient au respect du début des mois, on ne peut qu'être étonné qu'ils aient pu attendre la fin de la période de 8 ans pour intercaler. C'est donc certainement Geminus qui a raison. Nous n'avons pas manqué de noter le "d'abord" dans le texte de Geminus. En effet, il évoque à la suite de l'octaétéride une période de 16 ans (198 mois ou 5847 jours) et une période de 160 ans (58 440 jours en 1 979 mois). On se sait rien de ces périodes (date de découverte, auteur) et encore moins si elles furent d'usage dans la vie civile. Il n'en reste pas moins vrai que la période de huit ans dura longtemps si on considère que le cycle de Méton que nous allons voir ne commencerait à être utilisé qu'à partir de 342 av. J.-C. environ. La trace la plus visible de ce cycle octaétéride se retrouve dans la durée des jeux olympiques de 4 ans qui correspondent à 1/2 cycle octaétéride. 6) Naissance de l'enneadécatéride (cycle de Méton) 433 av. J.-C. voit naître un nouveau cycle bien connu : le cycle de Méton ou cycle de 19 ans ou cycle enneadécatéride. Méton d'Athènes, géomètre au siècle de Périclès serait à l'origine de ce cycle qui porte son nom. Je dis serait parce que si on va faire un tour du coté du calendrier babylonien on constate la connaissance d'un tel cycle depuis le VIIIème siècle avant notre ère. Pour en savoir plus sur le sujet et sur le personnage voir ici. Le cycle de Méton répartit 6 940 jours sur 19 ans. Ils sont distribués en 235 mois dont 125 sont pleins et 110 caves. Et là, nous n'allons pas manquer de lire ce qu'écrit Ideler parce que, à ma connaissance, c'est toujours d'actualité : "Pour pouvoir construire la période complètement, il fallait savoir sur quelles années les mois intercalaires devaient être distribués, ou quelles années de la période étaient composées de 13 mois. [...] Mais comme à cet égard nous manquons de tout témoignage bien clair de quelqu'ancien auteur qui pourrait seul décider la question, nous ne sommes pas en état de rétablir avec certitude le canon des 19 années de Méton. On ne peut pas même fixer au juste l'époque de sa période, quelle que soit la suffisance avec laquelle les chronologistes ont prononcé sur cet article." Nous allons donc nous en tenir à des hypothèses. Le principe
du cycle est le suivant : une constatation que 19 années solaires
valent 235 lunaisons. Et nous en arrivons au tableau suivant :
Les années embolismiques sont placées aux rangs 3 (ou 2), 5, 8, 11 (ou 10), 13, 16 et 19 (ou 18)... peut-être. La valeur moyenne de l'année est de 3640/19 = 365,263 158 et celle du mois de 6940/235=29,531 915 Selon Diodore, le cycle aurait commencé le 13 Scirophorion (28 juin) dans la quatrième année de la 86ème olympiade (433 av. J.-C.). Ideler nous fait remarquer à ce sujet "que les paroles de Diodore ne signifient certainement rien, sinon que Méton a commencé son calendrier astronomique* de 19 ans, mais non sa période, au 13 Scirophorion, jour du solstice d'été." * ce "calendrier astronomique" était un éphéméride avant la lettre (ou un parapegme après la lettre) qui mentionnait les solstices, les levers et couchers des astres fixes et les températures habituelles. Il couvrait la période de 19 ans avec peut-être un peu de "rab" à ses extrêmes. 7) Perfectionnements ultérieurs En 330,
l'astronome Calippe y va de son cycle (qui ne sera, semble-t-il,
pas appliqué dans la vie quotidienne) pour corriger l'erreur du
cycle de Méton : il suggère de grouper 4 cycles de Méton
en un cycle calippique de 76 ans et en supprimant un jour sur cette période. Cette période aurait été accueillie favorablement par les astronomes grecs. Son origine a été fixée au 28 juin 330 avant notre ère. C'est en 130 av. J.-C. que l'astronome et mathématicien Hipparque est le premier à constater que l'année tropique n'est pas de 365,25 jours. Il fixe sa longueur à 365,246 528 jours (six minutes de trop) et celle de la lunaison à 29,530 579 jours (il manque une seconde). Pour corriger le calendrier, il propose d'enlever 1 jour chaque 4 cycles de Calippe (tous les 304 ans). Avec Hipparque, on est arrivé à ce qui se fait de mieux dans la coordination des cycles solaires et lunaires. Je vous laisse quand même imaginer les dérives qu'il peut y avoir au cours de 19 ans (dans le cycle de Méton) et avant que tout ne rentre dans l'ordre. Pour résumer, voici un tableau des différents cycles que nous avons évoqués :
Plus tard, après la réforme de César, les Grecs adoptèrent peu à peu le calendrier julien en gardant d'abord leur date de commencement de l'année et, en général, les noms de leurs mois. Commencement de l'année ? Mois ? parlons-en. Les mois dans l'année Voici un tableau des noms des mois dans différents États ou Cités puisque chaque Cité-État avait ses propres noms de mois basés sur des noms de fêtes ou de dieux associés à ces fêtes. Nous essayerons plus loin d'y voir un peu plus clair dans les débuts d'année à Athènes. En attendant, nous nous contenterons de considérer cette liste comme une suite sans considérer le mois d'Hécatombéon comme étant le premier.
Nous avons vu que le calendrier fit rapidement alterner les mois pleins de 30 jours et les mois caves de 29 jours. De plus, faire correspondre les mois attiques à nos mois grégoriens est risqué puisque des mois intercalaires étaient ajoutés. Risquons nous quand même et considérons le tableau qui suit avec beaucoup de réserves.
* A Athènes, le mois embolismique était placé après Posidéon et était appelé Posidéon II. Les noms des mois rappelaient des coutumes ou événements. Par exemple pour les mois athéniens :
Le problème des mois Pyanepsion et Mmactérion (en rouge dans le second tableau) Ces deux mois ont-ils été, à une époque ou une autre, inversés ? Telle est la question qu'on peut se poser et que quelques spécialistes se sont posés. Nous allons faire une "compil" des interrogations de Ideler et d'un certain Buttmann (professeur et bibliothécaire à Berlin, XIX ème siècle) pour situer le problème. Ideler note que Ptolémée mentionne les observations faites par l'astronome Timorachis dans la 283 ème année av. J.-C. selon lesquelles il y aurait eu une occultation des pléïades (amas M45 dans la constellation du Taureau) au soir du 8 anthestérion et une occulation de l'épi (Spica dans la constellation de la Vierge) le 6 pyanepsion. Ces deux observations étaient séparées de 283 jours. Si pyanepsion avait été avant Mmactérion, l'écart relevé aurait été trop grand de 29 ou 30 jours. Buttmann avance d'autres arguments en faveur d'un ordre Mmactérion-Pyanepsion. Voyons-en une pas trop technique : - Aristote (Hist. nat. L. VI), à propos du temps de rut des cerfs (je voulais dire pas trop technique... astronomique) , explique que "leur accouplement se fait après arcturus, vers Boédromion et Mmactérion". Cette façon de s'exprimer veut en général dire X et Y et non pas DE X à Y. Mais,
ni Buttmann ni Ideler n'ignorent l'existence de deux inscriptions lapidaires
relevées par un autre spécialiste, Corsini dont l'une
dit : Il s'agit d'inscriptions mentionnant le nom des préfets à Athènes au temps des empereurs. Et Buttmann ne croit pas un instant "qu'aucun gouvernement ou particulier voudrait laisser subsister une inscription sur une pierre où on aurait marqué un mois pour un autre". Il conclut l'ensemble de son analyse en reconnaissant le problème de l'ordre de ces deux mois mais ne prend pas position. Ideler, lui, pense que les deux mois n'avaient pas la même place à des époques différentes. Le
fait est qu'aucun auteur ancien n'a donné l'ordre des mois dans
l'année. Le problème est posé. Je vous laisse le
soin de vous faire votre propre opinion ou.... de creuser un peu mieux.
Et si vous trouvez des éléments, merci de penser à
moi en me les faisant connaître:-)) Le jour : Au temps de la Grèce archaïque, il commençait au coucher du soleil et était divisé en deux parties inégales, la partie diurne et la partie nocturne. Ces deux parties étaient elles-mêmes divisées en trois parties mal délimitées (début, milieu, fin). La journée s'appelait nycthémère. Après Alexandre le Grand, on fit commencer le jour civil au lever du soleil. Vers 600 av. J.-C. les cadrans solaires font leur apparition mais ce n'est que beaucoup plus tard (sous Alexandre). que la journée fut divisée en 2 groupes de 12 heures qui, d'ailleurs, variaient en longueur. Le décompte des jours du mois : Comme nous l'avons vu plus haut, le mois était supposé commencer avec la noémenie mais le manque d'intercalations correctes le faisait dériver et des rattrapages étaient faits régulièrement. Le mois était divisé en trois décades de 10 jours. Dans les mois caves, la dernière décade n'avait que 9 jours. Le premier jour du mois (premier jour de la première décade) était appelé néoménia et le dernier triacade. Dans les deux premières décades, on désignait les jours par leur rang dans la décade. Le décompte se faisait à l'envers dans la troisième décade. Ce qui donne le tableau ci-dessous.
Comme on peut le remarquer, le décompte des jours de la dernière décade ressemble à ce que pratiqueront les Romains avec le système de Calendes. Ce comput inversé apporte, selon moi, un élément au fait qu'on rattrapait (en dehors des mois embolismiques) régulièrement le retard entre le début de mois et la noéménie en ajoutant ou supprimant des jours comme l'a décrit Cicéron. Le début de l'année : C'est dans le début d'un texte de De Koutorga (Recherches critiques sur l'histoire de la Grèce pendant la période des guerres médiques) qu'on peut trouver un point précis des connaissances sur le début de l'année. De plus De Koutorga y fait sa propre analyse du sujet. On peut lire ce texte sur le site de d'Emmanuel Bertin ici. Le chapitre 1 de la première partie commence ainsi : "Dans la deuxième moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ, et nommément depuis la guerre du Péloponnèse, lannée athénienne commençait au mois dhécatombéon. Le témoignage de Thucydide est positif à cet égard. En commençant, dans son deuxième livre, le récit de la guerre, il fixe avec une grande exactitude lépoque des premières hostilités. Il dit que les Thébains ouvrirent la guerre au printemps de la quinzième année après la conclusion du traité de trente ans, le sixième mois après la bataille de Potidée, lorsque Chrysis était prêtresse de Junon à Argos, Enesias éphore à Sparte, et Pythodore archonte à Athènes ; il ajoute que ce dernier navait plus que deux mois à rester en charge. On voit, par ce témoignage, que lannée athénienne finissait dans deux mois et quelle recommençait en été." De Koutorga part du postulat (et donc, sans le démontrer) que l'année civile attique commençait en même temps que la prise en charge de leurs fonctions par les magistrats. Et donc, printemps + 2 mois = hécatombéon. Mouais... Je signale au passage que toutes les traductions différentes du texte de Thucydide disent "quatre mois" et non pas deux. Et comme je ne lis pas le Grec, si quelqu'un pouvait vérifier et me dire ce qu'il en est exactement, je lui en serais reconnaissant. De Koutorga fait ensuite un inventaire des différentes positions des chronologistes sur ce problème de début de l'année athénienne : - Scaliger en tête, suivi par Petau, Dodwell, Corsini, Larcher, Ideler pensent que les Athéniens, primitivement, faisaient commencer l'année en hiver au mois gamélion. Ce qui expliquerait que, posidéon se trouvant être le dernier mois de l'année, le mois intercalaire fut logiquement placé après ce mois et prit le nom de posidéon II. - Petau ajoute que le déplacement du début de l'année de gamélion à hécatombéon fut en fait un retour à une situation antérieure où ce mois était déjà le premier de l'année. Les Athéniens auraient donc dans un premier temps fait commencer l'année en été (hécatombéon), puis en hiver (gamélion) et, enfin à nouveau en été (hécatombéon). - D'autres, au contraire, comme Fréret et Clinton, pensent que l'année athénienne aurait toujours commencé en été. De Koutorga se lance alors dans des recherches pour tenter de savoir qui des uns ou des autres à raison. Pour ma part, je retiens de ces recherches que pas un auteur ancien ne dit "l'année commençait au mois de XXXX". Alors, il ne reste plus qu'à interpréter des phrases de ces auteurs pour essayer de leur faire dire quelque chose. Prenons un exemple détaillé par De Koutorga "[...] Hérodote indique dune manière aussi précise le commencement de lannée athénienne. Il raconte dans son VIe livre les mouvements de la flotte phénicienne pendant toute la bonne saison, cest-à-dire du printemps à lautomne. Il décrit la prise des îles de lHellespont, de Byzance, mentionne la fuite de Miltiade en Attique, et, après avoir conduit son récit jusquen automne, il ajoute [VI, XLII] : "Dans le reste de cette année les Ioniens neurent rien à souffrir des Perses." Quand donc peut-on penser que lannée se termina ? Nous croyons que par ces mots, "le reste de lannée," Hérodote ne pouvait désigner que lhiver. Mais lui-même se charge un peu plus loin de fournir la réponse. "Avec le printemps suivant, dit-il [VI, XLIII], Mardonius, fils de Gobryas, arriva à la mer à la tête de grandes forces." On voit par ces deux passages quune année avait fini après lautomne ; quune autre avait recommencé avant le printemps, cest-à-dire en hiver." | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||