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Le
calendrier égyptien
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UN PEU D'HISTOIRE : Ne comptez pas sur moi pour vous raconter plus de 5000 ans d'histoire sur cette page ! Pour nous permettre de nous situer dans l'espace, voici une carte de l'Égypte ancienne :
Et, pour nous permettre de nous situer dans le temps, vous trouverez sur une page séparée une chronologie de l'Égypte. Comme elle est un peu longue, j'ai préféré l'isoler de ce qui traite du calendrier. N'oublions quand même pas que, même si cette chronologie (qui est celle des rois et pharaons) remonte vers 5000 av J.-C, la civilisation égyptienne existe depuis plus de dix millénaires. Quelques observations : Avant d'aborder l'étude des calendriers égyptiens, projetons nous en arrière de 5 000 ans en Égypte. - Nous
constatons que la présence de brumes est quasi permanente à
proximité de l'horizon. Du coup, les observations astronomiques
ne sont pas très faciles et sont loin d'atteindre le niveau de
celles des peuples mésopotamiens. Les étoiles de troisième
et deuxième grandeur sont presque invisibles à leur lever. - Les Égyptien sont un peuple à vocation agricole et ils n'ont pas manqué de constater un événement qui revient régulièrement dans leur vie : la crue du Nil. Elle est liée à la saison des pluies dans le haut bassin de ce fleuve : le lac Victoria au sud du Soudan. Cette crue atteint la région du Caire vers le 20-25 juin soit presque au solstice d'été pour l'hémisphère Nord. Les inondations dues à la crue duraient environ 4 mois. Il s'avère qu'à certains moments (nous verrons lesquels), ces trois phénomènes lever héliaque de Sirus - crue du Nil - Solstice d'été coïncidaient et nous allons voir comment cette triple coïncidence allait influencer le calendrier solaire égyptien. LE(S) CALENDRIER(S) : Deux hypothèses existent quant aux différents calendriers que pût connaître l'Égypte ancienne : - Une
hypothèse "linéaire" qui voudrait que ces
calendriers se soient succédés, l'un remplaçant l'autre. Nous allons, afin de faire notre propre choix, examiner ces deux hypothèses. 1) Hypothèse "linéaire" : les calendriers se succèdent : Comme
beaucoup de peuples primitifs, les Égyptiens utilisèrent
d'abord un calendrier lunaire. La première forme "d'année"
au sens de cycle aurait donc été le mois lunaire. Ce calendrier lunaire fut très vite abandonné comme comput (il servit encore pour marquer certaines fêtes religieuses) aux environ du V ème millénaire au profit d'un calendrier basé sur le retour des saisons (et de la crue du Nil) qui convenait mieux à un peuple d'agriculteurs. Les Égyptiens adoptèrent alors le calendrier "mésopotamien" de 12 mois de 30 jours formant une année de 360 jours. Ces douze mois furent regroupés en 3 saisons de 4 mois chacune (les tétramènes) correspondant à trois périodes agricoles liées à la vie aux bords du Nil : crue, semailles, récolte. Ces saisons étaient nommées. En revanche, ni les jours ni les mois n'étaient nommés. Les mois portaient leur numéro dans la saison (1-2-3-4) et les jours leur numéro dans le mois (de 1 à 30). Les mois furent nommés plus tard et portèrent des noms dérivés de noms de dieux. On peut retrouver ces noms au moins depuis le Nouvel Empire. Avant, c'est plus hasardeux. Attention donc aux anachronismes possibles. Cependant, pour des raisons de commodité de lecture, nous allons dès maintenant les utiliser. Rapidement, les prêtres observèrent que le début des inondations dues à la crue du Nil correspondait avec le lever héliaque de Sothis (Sirius). Ils fixèrent le début de l'année au premier jour du premier mois (Thot) de la saison Akhet. Si l'on tient compte des explications qui précèdent, nous pouvons constituer ce premier calendrier solaire, sans oublier que, à cette époque, les mois ne sont pas encore nommés.
* : Chémou s'écrit aussi Shomu. Certains y voient la racine du mot anglais Summer (été). Souvent, les mois étaient simplement nommés I Akhet, II Akhet, III Akhet... sans nom précis. Pour l'année, le mois et le jour, nous avons les représentations suivantes :
De
plus, cette année fut découpée en 36 décans
Mais, comme nous le savons, une année tropique ne compte pas 360 jours mais 365 jours 1/4. Par conséquent, le premier jour de l'année ne coïncidait qu'exceptionnellement avec le lever héliaque de Sothis. De cette constatation les prêtres déduisirent que l'année était de 365 jours. Ils rajoutèrent donc cinq jours à l'année telle qu'elle était déjà constituée. Ces jours additionnels furent nommés épagomènes par les grecs, ce qui signifie ceux qui sont au dessus (dona heriou roupet) et indique qu'il s'agissait d'un groupe de jours séparés comptabilisés en dehors des mois de l'année. Ils avaient pour nom Osiris, Horus, Seth, Isis et Nephthys conformément à la légende suivante (rapportée par Plutarque) :
Dans le calendrier grégorien, ces cinq jours correspondent aux 14, 15, 16, 17 et 18 juillet. Ce calendrier de 365 jours, né en 4236 (date souvent avancée) avant notre ère allait durer pas moins de 4 000 ans et être à l'origine du calendrier julien et, plus tard, inspirer grandement la création du calendrier républicain français. Bien que piètres astronomes, ce furent donc les Égyptiens qui léguèrent aux civilisations suivantes le calendrier qui allait toutes les inspirer.
Cette année égyptienne de 365 jours est aussi connue sous le nom de année vague. Pourquoi vague ? Tout simplement parce que 365 jours ne font toujours pas 365 jours 1/4 et que ce retard de 1/4 de jour par an produit un décalage d'un jour tous les quatre ans et d'un an en 365 X 4 = 1460 années juliennes ou 1461 années égyptiennes. Le lever héliaque de Sirius, au lieu de se maintenir le 1er Thot se fit le 2 au bout de quatre ans, le 3 au bout de huit ans, etc. et les fêtes attachées au calendrier dérivèrent. Au bout de 730 ans la canicule et les récoltes furent fêtées... en plein hiver. D'où ce surnom de calendrier vague. Au lieu d'ajouter un sixième jour épagomène tous les quatre ans (comme le fera César sous les conseils de l'astronome alexandrin Sosigène), les prêtres maintinrent ce calendrier de 365 jours et expliquèrent qu'il était bon de sanctifier successivement chacun des jours de l'année. Et comme tout rentrait dans l'ordre tous les 1461 ans, ce retour à la normale faisait l'objet de fêtes particulièrement solennelles. Ce
cycle de 1461 ans est connu sous le nom de période sothiaque.
L'écrivain latin Censorin rapporte les célébrations
de 139 ap. J.-C. Les autres coïncidences lever héliaque
- 1er jour de l'année auraient eu lieu en 1318, 2776 et 4236
av. J.-C. (ou -1317, -2775, -4235). De récents travaux, à
la suite de ceux de l'astronome Jacques Laskar, tendent à dire
- 4227 au lieu de -4235.
Il ne faut pas croire qu'aucune tentative de correction de la dérive du calendrier vague n'a été faite. Le roi Ptolémée III Evergète (246-222 av. J.-C.) a essayé d'instaurer un 6 ème jour épagomène tous les 4 ans en l'an 238 av. J.-C. et proclama le décret de Canope :
Mais le peuple égyptien refusa d'utiliser ce jour additionnel et le calendrier vague... resta vague.
2) Hypothèse "parallèle" : les calendriers coexistent : Selon l'égyptologue Richard A. Parker, deux calendriers auraient coexisté : - Le calendrier vague de 365 jours tel que nous venons de le voir et qu'il baptise calendrier civil. Il aurait été destiné aux seuls besoins administratifs et aurait été introduit au III ème millénaire (entre 2937 et 2821) avant notre ère. - Un calendrier lunaire, bien antérieur, dont l'existence se serait poursuivie même durant la présence du calendrier civil. Sa vocation aurait été religieuse. Peut-on envisager qu'elle fut aussi agricole ou devons-nous envisager l'existence d'un troisième calendrier agricole ? Mystère. Mystérieux aussi ce texte trouvé sur une tombe à Abydos et qui salue Sothis (Sirius) comme "héraut de la nouvelle année et de l'inondation". Comment devons-nous l'interpréter ? Comme une preuve de l'existence d'un calendrier qui durerait l'un lever héliaque de Sirius au suivant ? R.A. Parker y voit une explication dans l'existence du calendrier lunaire dont le début de l'année serait calé sur la nouvelle lune qui suivrait immédiatement le lever héliaque de Sirius. L'existence d'un tel calendrier lunaire qui fonctionnerait en même temps que le calendrier solaire civil soulève quelques questions auxquelles il est bien difficile de répondre : comment les deux calendriers étaient-ils synchronisés ? Quelle fut son évolution dans le temps ? On peut supposer que la "synchronisation" des deux calendriers s'opérait de manière classique par ajout d'un mois intercalaire. Les règles d'intercalation auraient été les suivantes : Chaque fois que le lever héliaque de Sirius tombe les derniers 11 jours du douzième mois de l'année, un mois supplémentaire était ajouté à l'année suivante. Ce treizième mois était appelé Djehuty. Chaque fois que le premier jour du calendrier lunaire tombait avant le premier jour du calendrier civil, le mois supplémentaire était ajouté. Contrairement aux mois du calendrier civil qui furent nommés tardivement, les mois du calendrier lunaire portaient le nom de dieux et déesses égyptiens. La liste figure dans le tableau ci-dessous. La dernière colonne rappelle les noms des mois "grécisés".
3) Chronologie : Un gros défaut du calendrier égyptien était de ne pas avoir d'origine unique et fixe. Il n'y a donc pas eu d'ère égyptienne. Le comput des années démarrait à l'avènement de chaque nouveau Pharaon. Les Égyptiens s'arrangeaient pour faire coïncider cette "apparition" avec le premier jour de l'année. La datation se faisait donc de la façon suivante : année (du pharaon régnant) + numéro de mois dans la saison + numéro de jour dans le mois Exemple
: 4) Le jour égyptien : La journée commençait au coucher du soleil. A moins que ce ne soit à son lever. Le débat reste ouvert. La nuit (obscurité) appelée gereh et le jour (clarté) appelé heriou étaient tous deux divisés en 12 périodes de temps égales dans la même journée mais dont la longueur variait au fil des jours et des saisons. Aucun calendrier n'a été utilisé aussi longtemps que le calendrier vague égyptien et inspira bon nombre d'autres calendriers comme nous le verrons (Julien, républicain, Copte, Ethiopien...)
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